La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE petit corps est exposè aux ardeurs du soleil hrùlant gui v,1 produire la putréfaction; et puis d'autres maraudeurs, des ogres gourmands de chair fraiche, de'i compères indiscrets pourraient sun·enir; on doit encore craindre les grosses mouches dèsircme'> d'assurer :\ leur lignèe une nourriture abondante et de leur goùt. Or, il faut que le petit cada- \TC du mammifère reste intact, ,\ l'abri de toute souillure. Donc, sur k rapport fa\'orable des deux nècrophorcs qui ont fait la dècom·crtc <lu mulot, on Ya procèdcr ù son enfouissement. Les six in<,cctes entourent le mort, s'espacent ,\ distances con,·enable, pour ne pa'- gêner leurs mou,·cmcnts se crlisscnt sou-; le cada\'rc qu'ils soulèYcnt du dos, <c ' ::, mLttcnt en marche aYcc ensemble, et se dirigent Ycrs le point indiqué, choisi. Cependant l,1moitiè du chemin a été p,Hcourue sans incidc11ts fkheux. 011 a depcnsè des forces i11ouïes, et deu:--.mètre-; ont ètè parcourus en quinze minutes. :\Llis Yoici gu'u11 oh'>tacle imprè\'ll arn:tc tout ù coup b marche funèbre. Une cxca\'ation profonde, une ornière qui n'a,ait pas èté -..oupçonnéc, ._'ouHc bèante, et les imprudc11ts ont failli culbuter dans ses ,1bi111cs.La catastrophe a ètè è\'itèc, mais la <,ituaüon reste n0.rnmoins critique. Cet obstacle, qui p,1r,1itinfranchissable, se prolonge,\ droite et ù gauche, en deux lignes ,\ perte Je Yue. Les n0crophorcs essaient d'abord de creuser une îo-..sc,\ l'endroit oi1 ils <.ont tenus en èchec; mais il faut renoncer à l'e:--.pèdicnt, le sol est trop dur. Alors leur anxiètè dnient Yisible; ils courent éperdus aux cnYirons, I'è\'iennent se consulter pour reprendre le hasard des explorations. Enfin, un èclaircur a\'isè, qui a poussé des reconnaissances au loi 11, accourt de toute L1\'itc%c de ses jambes; ;\ coup sùr il est porteur d'une bonne nouYcllc, sa tête est fi0rcmcnt rcle\'èc, ses antennes tèlègraphicnt a\'cc ,·i\'acitè. On a compris qu'il apporte une solution. En effet, :\ trois mètres plu~ loin, un énorme silex, qui a rèsisté à l'écrasement de la roue charretière, offre une broitc chaussée par où l'on peut passer. li s'agit de transporter le corps du mulot jusqu'ù cc point éloignè ou de l'ab,111donncr sur pl.1cc. Le5 fouisseurs, après en a\'Oir délibéré, retrou\'cnt 'une nou\'cllc èncwie et se mettent ù la be- " sognc. Au moment d'engager le convoi sm la pierre aux an;tes émoussècs, l'attention redouble é\'idcmment, car l'operation ec;t délicate; ks porteurs modifient leur tactique et se di\'iscnt en deux èquipcs : l'une pousse, l'autre tire. On s'arr0tc de temps en temps pour mesurer l'espace parcouru, et s'assurer que le prècicux fardeau conser\'e une bonne direction. A peine le mam·ais pas a-t-il été franchi, qu'une Yivc alerte inguicte l'cxpèdition menacèc d'un dèsastre irrèparablc. L'un des transporteurs Yient d'apcrceYoir Li tout prés, dans la touffe d'herbc.:s, deux grands yeux étincelants de conYoitise. li signale le danger à ses associés par un bruit strident produit au moyen de ses élytrec;, L'ennemi, c'est une belette qui s'apprête :\ bondir sur le mulot et à •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==