1,'ACCORD POUR LA VIE DANS LES SOCIÉTtS ANIMALES 5Ï un terrain meuble, et ils l'enterrent d'une façon très réfléchie, sans se quereller sur la question de sarnir lequel d'entre eux aura le droit de déposer ses œufs sur le cadaHc enterré .... La ml'.:me combinaison des efforts est commune chez les scarabèes bousiers.» (Kropotkine, ibid.) Voici d'ailleurs deux faits entre mille. « Un mulot, dit Rawton (op. cil., p. 189-195), mis ;\ mort par la dent d'un chien, est étendu sur le sentier qui s'allonge :'t traYers les champs. A peine le meurtre estil commis, que deux gros insectes, qui bourdonnaient dans l'air, se sont abattus sur le petit cadane. Ces a\'enturiers, tout de noir habillés, à parements d'un gris sale, à l'air ripé, sont des croque-morts ou nécrophores. Ils ont estimé, sans doute, le poids et le Yolumc de la victime, et constaté que le mort est de bonne prise. Les Yoilà qui dressent la tête d'un air réfléchi, examinant le terrain et les cnYirons en spécialistes habiles. lis khangent è\'idernrncnt leurs impressions sur cc qu'il co1wicnt de faire; des attouchements fréquents, les manœll\Tes rapides des antennes, dont les extrémités se ferment on s'épanouissent en é\'cntail, indiquent un colloque animé. Cependant les avis semblent partagés au moins sur un point, car le couple, il y a m:îlc et fcmclk, descend ,·ivement de son obserYatoire, attaque le sol de ses robustes pattes, essayant des fouilles en di,-crs endroits. ~lais l'accord s'est fait, à n'en pas douter; une résolution a étl'.:prise. La femelle reste à la garde du mulot assassiné, tandis que le m:de, déployant sa voilure carguée sous les élytres, prend son \'Ol et disparait. Vingt minutes apr<'.:s• sa fugue :i tra\'ers l'espace, l'insecte rc\'icnt accompagné de deux couples de ses pareils. C'est le renfort qui, tout :i l'heure, aYait étt'.:jugé indispensable pour mener :i bonne fin l'entreprise projetée. Les six compagnons fouisseurs s'assemblent et tiennent conseil. Les questions mises ù l'ordre du jour sont i1wariablcment les sui\'antcs : Va-t-on faire, sur place, un festin du mulot et n'abandonner que des os blanchis ? ou conYient-il de procéder à un enterrement scion les r<'.:gles ? H.îtonsnous d'ajouter, pour l'honneur de la corporation, que la premi<'.:rerésolution, celle de la goinfrerie, n'a chance d'être adoptée qu'autant que la seconde, la corvée de l'enfouissement, a été déclarée impraticable. Or, un sol rocheux, ou trop compacte, ou enche\'ètré de racines de graminées, sont les seuls obstacles capables de faire reculer ècs bra\'CS travailleurs. Cependant le cas présent pourrait bien rentrer dans la catégorie des impossibilités. L'aire du chemin, fortement tassée, pn:sentant la consistance du béton, résistera certainement aux outils des terrassiers. Mais ·une exploration sommaire a fait apercevoir au loin, :i quelques pas de là, une terre fraichement remuée par la bèche ou la charrue. Il s'agit de porter le mort sur ce terrain propice, d'y creuser une fosse et de l'enterrer selon les rites en Yigueur. Toutefois, il y a urgence de procéder avec célérité. Voilà deux grandes heures que le •
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==