La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

62--1- LA RE\"CE SOCIALISTE œune la plus vivante et la plus naie de son époque, il en dépensait de plus énormes encore à rêver tout éveillé dans le monde des affaires et des entreprises. Comme il était de la plus entière bonne foi et de la plus haute probité, on ne s'étonne plus qu'il soit resté sans pain, et, cc qui est pis, quoi qu'il dise, sans argent pour écrire à son amie. C'est la deuxicme fois que je parle de cette dernière circonstance. Elle m'a Yivement frappé et je demande au lecteur la permission de m'en expliquer. Dans son excellent article de la Revue des Revues (numéro du 1er mai), M. Raoul Dcbert m'y aide singulièrement quand il dit : « Balzac, qui, dans la vie réelle, a toujours fui et redouté la femme, en Yertu de quelque instinct physique ou moral difficile à définir, était bien fait pour être sur ce point le disciple de l'auteur de Fragolettac(de la Reiued'Espag11e (Henri de Latouche, que M. Debcrt, avec force documents à l'appui, appelle« un grand exciteur d'âmes ii). Pendant de longues années, on le vit reculer sans cesse devant la perspective du mariage ; un flirt d'âme, et tout épistolaire, avec Mmede Hanska, faisait bien mieux son affaire. Puis, quand, pressé par les circonstances, il dut enfin se décider à passer de la théorie aux actes, on le vit rester auprès de sa belle Russe un mari honoraire, et Mmede Hanska lui donna immédiatement une foule de suppléants et de remplaçants, comme on le pourra voir très prochainement dans la correspondance intime que publiera l'éminent bibliophile bruxellois, M. Spoelberch de Lawcnjoul. » Je ne sais si, quand il écrivit son article, M. Debert avait eu con.: naissance des dernicres lettres à l'étrangère. Je ne le crois pas, puisqu'elles ont paru le même jour que cet article, mais en les lisant, on sent que M. Deberdt ne s'est pas trompé sur le carnctère amoureux de Balzac. En cette matière comme dans toutes les autres, le rêve, l'œuvre, a absorbé ou réduit au minimum la réalité, et l'on ne peut naiment pas dire que les lettres à l'étrangère sont d'un amoureux bien épris. Écoutez-le plutôt parler : « Moi qui veux me marier (lettre de février 1840), qui le souhaite et qui ne me marierai peut-être pas, car je veux me marier ... enfin, vous savez! Mais ce que vous ne savez pas, le voici : par avance, j'ai la bienveillance la plus absolue et la volonté de laisser l'être avec lequel j'aurai à cheminer dans la vie heureux comme il voudra l'être, de ne jamais le choquer et de n'être sévère que sur un point, le respect des convenances sociales. L'amour est une fleur dont la graine est apportée par le vent et qui fleurit où elle se pose. Il est aussi ridicule d'en vouloir à une femme de ce qu'elle ne vous aime pas, que d'en vouloir au sort de ne pas nous avoir fait les cheveux noirs quand nous les avons rouges. A défaut de l'amour, il y a l'amitié; l'amitié est le secret de la vie conjugale. On peut souf-

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