La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

REYUE LITTÉRAIRE de l'état de projet? Je tiens pour assuré que, même pourYu à sa naissance de la richesse d'un Rothschild, il eùt projeté, entrepris et bâti, et dissipé son bien aux quatre Yents de son insatiable besoin d'agir. Quand il dit aYec orgueil : << apoléon et'moi », il ne faut point sourire. Ce mot nous-donne la clé de son caractère. De même que Napoléon, il est une force organisée pour l'action sans trcve; j'allais ajouter: et sans but, mais je me rappelle à temps que l'action Ya toujours à un but, qui n'e~t pas toujours le but visé, mais il vaut souvent mieux qu'il en soit ainsi. S'il fallait l'en croire, Balzac n'aurait entassé chefs-d'œuvre sur chefs-d'œuvre avec une surprenante fecondité que pour payer ses dettes. Voila le but qu'il s'est assigne, ou plutôt qu'il croit s'être assigne. Vingt fois, dans sa correspondance, il en donne une formelle assurance. Certes, quand il le dit, il est sincère, ou il croit l'être, cc qui revient au même. Mais il n'a pu persuader la postérité, ni même, je pense, ses contemporains qui saYaient, comme nous le savons, avec quelle joyeuse furie il se jetait à corps perdu sur son papier des douze et quinze heures d'affilée. Et même quand il forme le projet de renoncer à la littérature, quand il parle d'aller faire« une plus agréable fortune » dans l'Amérique du ord ou du Sud, il fait encore de la littérature, et les soucis d'argent qui le poussent à affirmer cette résolution extrême s'exprimeront en des œuvres magnifiques sur le rôle de l'argent dans la société. Le besoin d'argent qui le talonna sans trèYe, et dont ses lettres nous font la douloureuse confidence,. ne fut pour rien, à mon avis, dans l'énorme production à laquelle Balzac se livra, sinon un prétexte bien plutôt qu'un stimulant. Est-ce :i dire qu'il ne faut point prendre ses assertions a la le~tt·e quand il écrit (lettre du 2 novembre 1839) qu'il a été cc sur le point de manquer de pain, de bougie, de papier n, et (lettre de fcvrier 1840) : « Ah! ,·ous ne m'ècriviez plus parce que mes lettres étaient rares. Eh bien, elles étaient rares parce que je n'ai pas toujours eu l'argent pour les affranchir, et que je ne voulais pas le dire. Oui, ma détresse a eté jusque-là, et au delà.» Ceci n'est pas d'un amoureux. « ... Oui, j'ai eu des jours où j'ai fièrement mange un petit pain sur les boulevards. » Il est très possible que tout en gagnant soixante-dix mille francs par an, Balzac se soit donné le luxe d'une telle détresse. Qu'on m'entende bien, je parle sans ironie : je ne veux point dire que, pour jouer un personnage qui fera bonne figure dans ,son œuvre, Balzac néglige intentionnellement ses affaires et se plonge intentionnellement dans le plus extrême dénuement. Mais il est certain 'que, mêlant le reel et l'imaginaire dans le cerveau le plus puissamment imaginatif que ce siècle ait connu, l'auteur de la Comédielmmai11e, s'il gagnait des sommes énormes à réaliser le monde fictif qui fait son

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