La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

622 LA REVUE SOCIALISTE REVUE LITTÉRAIRE Quand on a lu les Lettres à l'Etrn11gere - pour ma part, j'ai dé von: les quatre séries qui en ont paru à ce jour dans la RevuedeParis, - connaît-on le Balzac intime? peut-on se flatter d'avoir pénétré les ressorts de son génie? Je ne le crois pas. L'apparente simplicité d'une existence et d'une pensée tout entiéres consacrées à un labeur formidable peut faire illusion aux esprits superficiels. En réalité, nul être ne fut plus complexe que Balzac. Et bien qu'il semble s'être donné tout entier, - et, certes, avec la plus absolue sincérité, - dans ces lettres à la femme qu'il aimait et qu'il ne put épouser qu'après de longues années d'attente, nous gardons, aprés les avoir lues, le sentiment de ne point posséder en elles la véritable psychologie du maître écrivain. A quoi cela tient-il? A ce qu'il fut véritablement halluciné, possédé par son œuvrc; le monde fictif évoqué par sa plume se mêla si étroitement aux réalités parmi lesquelles il vivait, qu'il ne fit et ne put jamais faire trés nettement le départ entre le monde de sa pensée et le monde des faits. Un mot de lui, rapporté par M. Antoine Albalat, dans le dernier numéro de la Nouvelle Revue, est caractéristique à cet égard : « Revenons :'t la réalité; parlons d'Eugénie Grandet. » Qu'on ne s'y trompe pas, cependant. Balzac, qui était un monstre d'actiYité, Yécut très réellement dans le monde réel. Mais il y portait son rhc avec lui; dans les mille affaires ou le jeterent son besoin de mouYement et sa curiosité de la vie, et dont naturellement il ne réussit aucune, toujours il visa au-dessus du but et toujours il aima cette lutte infructueuse contre des impossibilités que son rêve dédaignait. Faut-il accepter l'explication qu'il nous donne et croire que le besoin d'argent le poussa seul à des entreprises aussi diverses, semblables seulement par l'insuccés qui les frappait avant même qu'elles sortissent

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