La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

t.;N ÉDUCATECI\ DES TSARS 613 titre de Recueil de Moscou et fut ensuite traduit par l'auteur en français. Il renferme quinze chapitres d'où se déaaaentdeux morales. Oui selon 0::, , l'auteur du livre, iJ y a deux morales - l'une pour ceux qui gouvernent, l'autre pour ceux qui sont gouvernés. La morale cks premiers est le bien-être absolu d'ici bas; la morale des autres, - c'est le knout. Quant aux idées, le livre de M. PobèJcnostscff en abonde; elles expriment un nihilisme farouche, puisque M. Pobédcnostseff nie tout, il est irrité contre tout : contre la démocratie, contre le jury, contre la presse, contre l'instruction populaire, excepté contre lui-même; il n'admet qu'une chose, la Loi, loi faite, bien entendu, p:1r des hommes d'État comme lui. Il b définit m.'.:mc d'une manière pas trop originale, mais bien personnelle. « La loi, dit-il, doit être envisagée d'une part comme une rcgle, de l'autre part comme un commandement qui lui donne son pouvoir sur nos consciences.» (Page 9r.) L'auteur analyse aussi dans son liHe « la vie réelle )>. La vie réelle n'est ni une science, ni une philosophie; die existe par clicmême comme un organisme viYant. Ni la science ni la philosophie ne dominent la Yic; clics puisent au contraire leurs élcmcnts dans la, ie réelle en recueillant, en analysant et en généralisant les phénomenes de la vie; mais il ne faudrait pas croirl'. qu'elles puissent embrasser toutes les innombrables manifestations de la Yic, épuiser son infinie Yariété, encore moins lui crcer un objet ou des formes nouvelles. Appliquées a la Yic réelle, les propositions de la science et de la philosophie ne sont que des hypothéscs. Il suffit de considérer que la science et la philosophie fournissent fort peu de thèses infaillibles : presque toutes sont sujettes :'t caution et sont l'objet de discussions entre différentes écoles. L'école de Rousseau montra ù l'humanité l'homme de la nature sous son aspect couleur de rose et proclama le règne du bonheur général selon la nature; elle n':véla les rnysteres de la vie sociale et politique, qu'elle était censée avoir découverte, et en déduisit le contrat social, « pacte imaginaire » entre le peuple et le gouvernement. Alors s'élabora le fameux programme du bonheur des nations. Mais les masses ne sont pas capables de faire de la philosophie. Elles envisagent la liberté, l'égalité et la fraternité c;omme leur droit, comme une situation qui leur avait été octroyée. Comment ~ubir apres cela, comment accepter tout cc qui fait la détresse d'une existence misérable, la pauncté, une condition inférieure, les privations, l'obéissance! Endurer de telles misères ne semble plus possible aux foules 1 Elles inurwurent, s'iodignent, protestent, renversent les institutions et les gouvernements qui n'ont pas réalisé les espérances qu'ils ont fait naître, en un mot, les foules agissent. Et il ne faut pas, s'écrie M. Pobédenostseff, que les foules agissent, il existe pour cela un gouvernement, et non le gouvernement que le peuple s'est librement donné, mais

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