612 LA REVUE SOCIALISTE ciétés et de toutes les associations, mais qui est en même temps le chef d'une classe d'indiYidus dont il ne reçoit la Yisitc qu'après le coucher du soleil et aYec lesquels il traite les affaires dont aucun bon sujet ne doit s'inquiéter. Ami du silence, cherchant a\'ant tout la tranquillité de ses concitoyens, il n'aime pas le bruit et le scandale, et ceux qui sont assez mal élc\'és pour ne pas sa\'oir lui plaire sont c1woyés amicalement en Sibérie, pour méditer, dans la solitude des mines, sur les devoirs sacrés d'un bon sujet. Cc braYc scr\'itcur pour lequel il n'existe aucune considcration de personne, rend compte de tout cc qui attire ou mérite l'attention à son supérieur, le chef de la troisièmesection, qui est le fonctionnaire le plus élc,·é de l'empire, le premier homme, avec 1--1. Pobédenostseff, de confiance de l'impérator russe, bien que ces messieurs n'aient pas le titre de ministre. M. Pobédcnostseff et le chef de la troisièmesection sont toujours et q11a11d11ê111e du comité des ministres, et de tous les comités secrets. On ne poursuit sans eux ni les Juifs, ni les Polonais, ni les sectaires, ni les conspirateurs. Ils prononcent partout et toujours le dernier mot décisif. Leur puissance ne s'arrête pas à la frontière de l'empire. La Sllr\'Cillancc des Russes qui vi\'cnt à l'étranger, et la correspondance a\'CCles agents qui sont chargés de cette surYeillancc incombent directement à la troisièmesection qui entretient des relations continuelles et animées a\'ec le ministre des affaires étrangcres. Tout le monde se rappelle la sensation que fit en son temps la fière réponse du comte Pahlen, ambassadeur russe à Paris. On lui demandait de surYeiller la conduite des Russes qui résidaient en France à l't':poque de la réYolution de Juillet; il répondit: « Je suis diplomate et non mouchard. >> Malheureusement, tous ne sont pas de la même fierté. M. Pobédenostscff et le chef de la troisiè111se ction sont toujours les perso11a grata, les fayoris de l'empereur. M. Pobédcnostscff est l'un des fondateur de la Ligue Sainte. Cette société s'était donné pour mission la sau- \'egardc de la Russie des idées rholutionnaires. Les meneurs de la Ligue possèdent d'immenses ressources pécuniaires qui ont, pour source entre beaucoup d'autres, l'énorme fortune du prince Démidow San Donato. Possédant une fortune dont lui-même ne connaissait pas le chiffre, cet homme étrange était depuis longtemps blasé sur toutes les jouissances de la ,·ie, et ne se jeta dans la politique que pour se soustraire à l'ennui, pour occuper un peu son imagination épuisée. Il se sentait attiré par le mystère d'une société secrète, par ces mots d'ordre, ces chiffres, ces signes mystérieux, ces sentences de mort émanant d'une source mystérieuse et frappant le condamné d'une main În\'isiblc .... M. Pobédcnostseff est l'âme de cette Ligue Saiute. Mais passons à son livre : Questionsreligieuses,socialeset politiques. Il est as,e.i intéressant de connaître les idées maîtresses de l'éducateur des tsars. Le livre de M. Pobédcnostseff a été d'abord publié en russe sous le
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