614 LA REVUE SOCIALISTE celui qui a su imposer sa rnlonté au peuple. Il <loit dejà brc bienheureux, le peuple, lorsque ceux qui le gouvernent lui font de la charitc, et« qu'y a-t-il, demande l'auteur, de plus lumineux, de plus precieux, <le plus fécond dans l'âme humaine que le sentiment de charité?» (Page 116.) Je ne crois pas pournir faire l'honneur:\ M. Pobédenostsefl de discuter ici ses idees. Toute la vie <le l'homme n'est que la recherche du bonheur. Une soif de félicite s'empare de lui depuis le moment oü il se sent vivre et reste inassouvie jusqu'ù son dernier soupir. L'espoir du bonheur est infini; il ne connaît ni limites ni mesure; comme l'uniYers il est sans bornes et n'a pas <le but final, parce que son origine et sa fin sont dans l'infini. Mais le bonheur est impossible, car il est infini. La recherche du bonheur est le bonheur même. S'il est quelque chose qui approche <lu bonheur, ce <lait être l'etat de quelques êtres, peu nombreux, à l'heure primitive de sensations pures, lorsque J';imc ressent la vie en elle-mème et se repose dans cc sentiment de la vie, ne cherchant pas à savoir, mais reflétant l'infini comme une goutte d'eau pure refletc la lumiérc du soleil. Mais cette notion du bonheur n'est pas accessible aux masses, clics ne pcun:nt réduire la conception d'une thésc géneralc :\ sa naie Yaleur, csscnticllcmcnt conditionnelle, clics demandent un bonheur plus réel, plus positif, et clics, les masses, ont cc bonheur, puisque, dit M. Pobédcnostscff, il y a tant d'institutions <lebienfaisance, dont le but est precisemcnt faire du bien au peuple et de lui faire connaître le bonheur recl. « L';'une se repose ù la vue du fonctionnement de nos institutions et de nos societés de bienfaisance, avec leurs règlements, leurs assemblées, leurs membres honoraires, leurs récompenses honorifiques, etc. » (Page I 17.) Le bonheur du peuple est là, scion M. Pobedenostscff, l'éducateur des tsars. L'auteur du livre s'attaque ensuite à la pensée. « De nos jours, se plaint-il, les hommes paraissent ne vivre que pour penser; toute la vie est absorbée chez eux par la pensée. La vie est mutilée, mutilee artificiellement par cc que l'on en pense. » (Page 147.) M. Pobédcnostseff ne Yeut pas qué l'on pense, c'est là son idée fixe, le code <le toute sa vie, c'est l'idée maitresse du livre de M. Pobédenostseff. Le professeur des tsars ne se borne pas à la Sainte Russie oü, pour réaliser ses idées, il a à son service la troisièmesection, - il les impose aussi à l'Europe, puisqu'il fait lui-même traduire ses ouvrages en français. Non, les penseurs européens n'ont rien à puiser aux livres de M. Pobedenostseff. Le procureur géneral du saint-synode russe n'a que soixante-dix ans; il est bien à craindre qu'il continue encore longtemps à· égayer ses contemporains par ses Recueils de Moscou. S'il Youlait au moins abandonner le knout, bien connu de ses malheureux compatriotes! Oss1P-LouR1É.
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