La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

UN i'-:OUCATEUR DES TSARS 6 II ÉDUCATEUR DES ÎSARS . C'est un signe caractéristique de notre époque que les hommes d'Etat aiment à philosopher. Mais si les penseurs sont parfois capables d'appliquer leurs idées aux affaires de l'État, il est assez rare qu'un corps de doctrines philosophiques se dégage des expériences des hommes d'État. Cette réflexion ou plutôt cc paradoxe m'est venu à _l'esprit après la lecture du livre de M. Pobédenostseff : Questio11s religieuses,socialeset polil-iques. M. Pobédenostsefl est le procureur général du saint-synode russe qui, d'après les paroles récentes de son cc auguste maître», a rendu à la religion orthodoxe des importants services et qui a déployé une activité infatigable pour élever le niveau moral et intellectuel du clergé, améliorer sa situation morale et augmenter son influence sur les habitants, tant au point de vue de la religion qu'à celui des mœurs. Tuteur d'Alexandre III et l'un des professeurs de Nikolaï II, l'influence de M. Pobédenostseff sur la politique intérieure russe est énorme et néfaste. Sa puissance est égale à celle du chef de la fameuse troisièmesection. Cette branche de l'administration de l'empire des tsars fut créée par Jean le Térrible et réorganisée par Alexis, père de Pierre le Grand. La Yénérable institution a toujours répondu de la manière la plus étendue à sa destination : elle a toujours eu du sang à verser. Ces tribunaux exceptionnels étaient aussi de rcgle sous le rcgne de l'amie neuropathique de Voltaire et de Diderot, comme ils le sont de nos jours. Car si Paul Jer abolit l'inquisition secrète, Nikolaï I rétablit le bureau de la surYeillance secrcte, sous le nom innocent de troisième section de la chancellerie particulière de Sa Majesté. Dans toutes les villes de la Sainte Russie on trouve un colonel ou un capitaine de gendarmerie, dont les fonctions ne sont nulle part déterminées ni limitées d'une manière légale, mais qui est connu de tout le monde, comme le surveillant du gouverneur, de toutes les autorités ·et de tous les fonctionnaires de la proYince, et j le droit de s'immiscer dans toutes les affaires officielles et privées, et demandèr' qu'on lui en rende compte. Cer officier est géneralement un homme très aimable, aux manières p_olieset courtoises, qui s'interesse beaucoup à la jeunesse studieuse et au mouvement intellectuel en Russie; très curieux et très laborieux, il se fait recevoir membre honoraire de toutes les so-

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