BALZAC RÉ\'OLUTION~AIRE 599 Oh! le démon de travail que fut Balzac! - et quel sublime exemple il donne eternellement à ceux que lasse, au moindre heurt, la carrière des lettres! * * * J'ai à dessein relaté les op1mons ultra-conserYatrices de Balzac. J'ai donné ainsi les seuls griefs que de bas politiciens peuYent faire à l'auteur d'Eugé11ie Grandet. J'ai montré que Balzac, paune et besogneux, ne fut en réalité qu'un déclassé dans le monde aristocratique et le parti royaliste où il avait cependant naïvement aspiré de briller. Mais où il a été surtout un combattant et un destructeur c'est dans son œuvre tout entiére. Jamais écrivain ne s'est dressé avec d'autant plus de courage et d'audace contre la réalité contemporaine. Tout a servi Balzac, même ses défauts, ses tendances à toujours Youloir dépasser les bornes. li faudrait ici prendre quelques exemples. Deux silhouettes ecclésiastiques se dressent. Elles approchent. Leur sombre aspect se dessine davantage. Voici l'abbé François Birotteau. Il est à premiére vue de mine béate et bonhomme. Il trompe ainsi les fidéles de l'église SaintGatien de Tours où il est vicaire, ceux de l'église Saint-Symphorien où il est ensuite curé. Regardez-le. Il Ya vers Madame de Listomérc. L'ombre de sa soutane plane à la fin sur le cadavre de sa pénitente. A celle-ci il a réussi à capter par testament quinze cents francs de rente. Le bonhomme Birotteau est interdit en 1826. Voici l'abbé Hyacinthe Troubert. Oh! celui-là est de la race des Rastignac. L'ambition, l'hypocrisie le caractérisent. Aussi monte-t-il un à un, d'une marche cynique et sûre, tous les degrés de l'echellc ecclésiastique. De chanoine, de vicaire général ensuite à Tours il finit par se reposer dans le fauteuil d'évêque à Troyes. Maintenant c'est un homme couvert de titres, chamarré de cordons honorifiques et de décorations qui passe. Le temps est loin, oublié même, où, sous la République, il fut commissaire ordonnateur. Il s'est réconcilié sans hésitation avec l'Empire qui l'a fait baron. Il se réconcilie avec les régimes suivants, avec tous les régimes. Et il devient intendant général, directeur au ministére de la guerre, conseiller d'État. Il est grand officier de la Légion d'honneur. Vous l'ayez reconnu : c'est le baron Hector Hulot d'Ervy. Sous le cordon de la Légion d'!1onneur se cache le cœur le plus avili. Les titres que lui ont
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