ESSAIS SUR LA MONNAIE, LE CRÉDIT ET LES BANQUES 575 encore une fois substituées aux individus; l'emprunt était encore forcé, mais l'intervention des villes dans sa répartition y introduisait plus de justice et de proportionnalité. La situation des finances était déplorable; sous François II, dans le conseil extraordinaire convoqué à Fontainebleau en 1 560, le duc de Guise déclarait que,. malgré toutes les réductions opérées, les dépenses excédaient encore les recettes annuelles de 2,500,000 livres. Trois années plus tard, sous Charles IX, au lit de justice tenu en 1563 pour la vente des biens ecclésiastiques, le chancelier L'Hèpital annonçait que la dette publique se montait à cinquante millions de livres, de sorte que« si l'on mettait la Couronne à l'encan,elle ne trouverait pas d'acquéreur». La recette de l'année, ajoutait-il, si le calme se rétablit promptement, peut s'élever à huit millions de livres, mais il évalue la .dépense à d·ix-huit millions. Les revenus de l'État, dans les conditions ·normales, ne dépassaient pas alors vingt-un millions de lines environ. L'unité monarchique aYec sa structure militaire et sa conception de l'État fermé, supérieur et extérieur à la societé, se debattait ainsi au milieu des plus inextricables difficultés financières; l'ancien domaine était deYenu insuffisant pour alimenter les grands sen·ices généraux ordinaires et surtout extraordinaires; le credit public, maigre les quelques progrès réalisés, se dégageait péniblement des formes indi\·idualistes rudimentaires; il en devait être naturellement ainsi sous un régime politique qui tendait de plus en plus à asseoir son autorité sur les ruines de tous les organismes locaux et provinciaux et même finalement sur celle des États-Généraux dont le développement régulier eût pu diriger la France dans la voie oü la précédcrent si heureusement les Pays-Bas et l'Angleterre. Sully représenta bien la transition du système agricole et féodal vers le système mercantile qui devait dominer la politique économique des grands États centralisés qui se constituèrent à cette époque. Il protégea les manufactures et le commerce, mais ce fut surtout pour assurer des ressources au trésor royal et aussi dans l'intérêt de l'agriculture dont il voulait adoucir les charges. Comme moyens spéciaux de rétablir l'ordre dans les finances, il proposa à Henri IV : 1° De demander au clergé un don gratuit pour une ou deux années en l'obligeant d'en faire l'avance; 20 De retarder d'une demi-année le paiement de toutes les rentes constituées sur les tailles, gabelles, domaines et autres reYenus royaux; 3° De dema1~der un quartier de tous les engagements du domaine aux particuliers qui en jouissaient directement;
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