La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

572 LA REVUE SOCIALISTE Que si l'on essaie de capter nos sympathies en alléguant que telle entreprise est pacifique, et qu'elle a pour but la grandeur de la nation tout entierc, nous rependrons, que Jans le domaine exotique, la tâche d'apparence la moins belliqueuse, recéle toujours des dangers de guerre, - que nos contrées européennes réclament pour leur propre outillage toutes les ressources de nos budgets,-et que la caste dirigeante de nos vieux pays est incapable de concevoir un dessein d'intérêt collectif, et exempt d'égoïsme de classe. Nous lutterons sans trêve contre la colonisation parce qu'elle est de l'essence même du régime capitaliste, qu'elle en est le prolongement et le recours suprême. Mais nous ne nous dissimulons pas que si .::ette résistance. du socialisme, là ou il est déjà adulte et organisé, peut ralentir et, transitoirement, paralyser la marche des choses, elle ne saurait definitivement l'arrêter. Issue de l'infrastructure même du régime économique et social contemporain, l'expansion coloniale persistera tant qu'il durera lui-même. Si nous brisions celle-ci demain, c'est que celui-là aurait vécu et que nous aurions conquis dans les sociétés modernes la puissance à laquelle nous aspirons, et qui, avant peu, passera infailliblement au prolétariat. Il est des phénoménes organiques contre lesquels la force la mieux trempée ne saurait agir aYec efficacité; la colonisation est de ceux-là, tout comme le développement du machinisme, ou la concentration des instruments de production, ou la prolétarisation de la petite industrie. Nous n'ayons point à activer ces phénoménes : prétendre entraver, à tout jamais, leur cours serait vain et puéril. Il nous suffit d'y assister impassibles, prêts à en recueillir les effets, et à en constater l'échéance. L'histoire travaille pour nous. Saluons son œuvre inéluctable et continue! PAUL Loc1s.

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