La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LE SOCIALISME ET L'EXPANSION COLONIALE CONTEMPORAINE 57 I recueilli le profit de tant d'efforts accumulés; c'est dans chaque nation, au sein de l'état-major de la classe dirige_ante, un petit groupe d'hommes replié s-ur lui-même, - le groupe des financiers sans scrupules, des lanceurs de titres, des spéculateurs toujours a l'affût des entreprises lucratives. - L'éloignement même des lieux aura favorisé leurs manœuvres; b complicité des gouvernements locaux aura stimulé leur cupidité et leur ordinaire improbité. Étudiez l'histoire de tous nos chemins de fer coloniaux, des ports établis a grands frais dans nos îles de la Mer des Antilles ou de !'Océan Indien. Peut-être trouverez-vous enfin mention de ceux, qui, heureux entre tous, auront tiré parti des immenses sacrifices d'hommes et d'argent consentis par la France pour le développement de son domaine extérieur. Étudiez l'histoire de la colonisation britannique; entre ces deux illustres et exécrables noms qui la dominent et l'encadrent: \Varren Hastings et Cecil Rhodes, q1.1ede noms de ploutocrates véreux vous pourriez inscrire sur le livre d'or de cette grande époque de malversations et d'agiotages! • La colonisation des quinzième et seizième siècles avait du moins enrichi temporairement quelques puissantes et nombreuses aristocraties; la colonisation du dix-neuvième siècle n'a concouru qu'a l'opulence insolente de quelques trafiquants d'argent, dressés par leurs rafles éhontées au-dessus de l'humanité vulgaire. Elle reste la plus gigantesque opération de drainage financier dont l'histoire porte la trace. * * * Est-il nécessaire maintenant, après les considérations multiples que nous avons émises au cours de ce travail, de revenir longuement a la question posée dès le début? Quelle attitude le socialisme doit-il prendre à l'égard de la colonisation? Peut-il, comme certains l'ont avancé, sérier les problèmes, accorder son suffrage en telle circonstance, quitte a le refuser en telle autre! Peut-il modifier sa tactique suivant les pays, applaudir à l'expansion coloniale en Angleterre et aux Pays-Bas, et au contraire la combattre vigoureusement et sans relâche en France, et en Italie et en Belgique? Peut-il enfin s'incliner devant le fait accompli; donner l'indemnité pleine et entière à l'œuvre entamée et poursuivie dans tant de contrées à la fois? Nous n'avons pas à revenir, même pour les résumer, sur les appréciations que nous avons successivement portées, sur les aperçus que nous avons présentés des différentes faces du problème. La colonisation heurte l'humanité, ruine les peuples, ne profite qu'à quelquesuns. Cela seul doit suffire à déterminer notre conduite.

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