LA RE\'UE SOCIAUSTE plus signal<'.:saux gouYernements, en leur offrant des dérivatifs tout prêts. Notre propre histoire suffit à illustrer cette assertion : chaque fois que nos dirigeants se sont sentis menacés par la colère populaire, chaque fois que la poussée démocratique s'estaffirméctropforte, une campagne exotique, célébrée à grand fracas, est venue distraire les esprits. Il n'est point inutile de noter que les grandes entreprises de Ferry, le Tonkin surtout, sont contemporaines de la phase critique de la troisième République, et qu'à l'heure même où elle versait dans la réaction, nos clairons sonnaient la guerre tunisienne, indo-chinoise, malgache. Plus tard, lorsque les scandales du Panama jctérent la flétrissure sur l'opportunisme ébranlé, ce furent les victoires soudanaises et dahoméennes qui consolidèn:nt le régime. Plus tard encore, au moment oü « l'esprit nouveau » consommait la <lernic'.:reforfaiture et replaçait la France sous la tutelle du Vatican, on lança une armée sur Madagascar, et il ne serait pas étonnant que dc1uain, pour échapper à la grande liquidation del' « Affaire», un ministére em·oyât une colonne restaurer le prestige du militarisme, dans la zone inconnue du Soudan Central. Si nous voulions jeter un coup d'œil sur l'histoire d'une autre puissance, nous établirions facilement que les teutatives de l'Italie en Erythrée et en Abyssinie ont été dictées, en grande partie, par les préoccupations dynastiques du roi Humbert. Autrefois, pour se maintenir et se fortifier, les gouvernements faisaient la guerre, en Europe, sur leurs frontic'.:res. La· guerre exotique, qui est moins coûteuse et moins périlleuse, vise au même objectif, sert les mêmes intérêts. * * * La colonisation a exercé des effets désastreux sur les finances des grands États. A l'époque contemporaine, on ne saurait dénoncer une cause de gaspillages plus générale ni plus permanente. Si toutes les puissances de premier ordre sont guettées par le déficit, si elles ne parviennent qu'aycc des peines quotidiennes et infinies à régler leur équilibre, si elles sont acculées à des expédients qui égalent ceux de la fin de l'Ancien Régime, la conquête africaine et asiatique est la principale source de leur gêne. Le budget français, plus que tout autre, a subi la répercussion de cc vertige des kilomètres carrés. En peu d'années on l'a vu grossir de 60 à 70 millions, du seul chef des dépenses coloniales. Les 95 ou IOO millions qui sont consacrés annuellement au service des colonies proprement dit, ne représentent qu'une portion de leur coût. Les expéditions -telles celles de Madagascar, du Dahomey -figurent dans des comptes spéciaux, pour des centaines et des centaines de millions. C'est
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