LE SOCIALIS~IE ET L'EXPAXSIOX COLONIALE CONTEMPORAINE 567 par plusieurs milliards, à coup sûr, que se chiffre la création de l'empire extérieur de la troisième République. Le Soudan a lui seul, si stérile, si dénué de valeur, a absorbé près der 50 millions en quelques exercices. Le corps d'occupation du Tonkin exio-c encore tous les douze mois 0 , , de 20 J 25 millions: quant aux crédits de Madagascar, en présence de l'enchcYêtrement inextricable et de la multiplicité savamment entretenue des écritures, il faut renoncer à en éYaluer même approximativement la somme totale. En Italie, si l'Erythrée n'est plus inscrite aujourd'hui que pour quelques millions dans les prévisions de dépenses, elle n'en a pas moins dévoré depuis le début plusieurs centaines de millions. Elle est responsable, pour une part, des extraordinaires déficits du budget italien, de l'ébranlement du crédit de la Péninsule, du grossissement inin- ·terrompu de sa dette. Le Congo coûte fort cher à la Belgique, en dépit des soi-disant sacrifices personnels du roi Léopold. L'Angleterre, si fière jadis de la régularité et de la continuité de son amortissement, vient de suspendre, pour l'année prochaine, cette opération presque automatique. En pleine paix, il lui faut - pour la seconde fois en un court laps de temps, recourir à des taxations nou,·elles. L'expansion coloniale lui impose des suppléments de frais, et, pour r 899-1900, la lacune prévue n'ctait pas inférieure à 75 ou 80 millions. ' L'Amérique ne tardera pas à dresser un tableau d'ensemble des dépenses d'occupation des Antilles et des Philippines. Elle s'apercevra qu'à càté des extraordinaires exigences des pensions militaires elle s'est infligé une seconde charge écrasante. Elle aussi connaîtra désormais les déficits grandissants, les relèvements d'impôts, les difficultés financières qu'elle croyait laisser a la vieille Europe. Le Japon enfin, qui s'administrait jusqu'à une date récente à peu de frais, a dû presque doubler son budget au lendemain de la guerre avec la Chine. Partout le phénomène de l'expansion coloniale entraîne les mêmes conséquences immédiates. Mais il ne se résout pas seulcinent en accroissements de dépenses: il détermine la suspension des grands travaux publics indispensables, !'.abandon de la mise en valeur intérieure. C'est chez nous encore qu'a ce titre ses effets ont été le plus désastreux. Depuis que· la France s'est jetée dans les aYentures lointaines, elle a réduit progressivement le allocations de ses rivières, de ses canaux, de ses ports. Les entreprises commencées pour développer l'outillage économique, pour relier entre eux les divers secteurs du territoire et multiplier les voies de communication, ont été peu· à peu désertées, livrées au chômage. Notre décadence industrielle et commerciale se lie très nettement au système de conquête extérieure qui a prévalu depuis r881. Les, ressources fiscales
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