La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE roi Léopold oublie de temps à autre la neutralité de ses États en écoutant ses ministres congolais. Il est regrettable, au moins à cc point de vue, que le Pape n'ait pas saisi, lui aussi, une petite parcelle d'Afrique ou un Archipel micronésien, car la question romaine serait morte a jamais. Les Russes entretiennent de meilleurs rapports avec leurs YOisins de l'Empire allemand, depuis que la pénétration sibérienne absorbe tous les instants de leurs conseils. Il a fallu que la Crête s'insurgeât, au mépris de toutes les convenances, pour que l'Europe daignât se rappeler la gravité traditionnelle <les affaires d'Orient: encore n'a1-elle prêté aux cris des chrétiens de la Canée - comme auparavant aux plaintes de l'Arménie, -- qu'une oreille étrangement distraite. Par contre les chancelleries épient d'un œil jaloux leurs mouvements respectifs dans les terres neuves qu'elles co1woitent avec une égale passion. Toutes les querclks qui se sont élevées, en ces derniers temps entre les grandes puissances, étaient nées d'un incident survenu sous les tropiques ou sous l'Équateur. L'invasion du Transvaal, en 1895-96, a mis en plein relief les sentiments mutuels de l'Allemagne et du Royaume-Uni. L'entrée du commandant Marchand à Fachoda a provoqué un commencement de mobilisation i Portsmouth comme à Cherbourg ou à Toulon. A deux reprises en six mois, à propos des Philippines d'abord, de Samoa ensuite, les chauvins de cw-York et de \Vashington ont mcnac<'.: l'Empire germanique des armes américaines. A chaque instant, des ruptures semblent immin'.!ntes entre la GrandeBretagne et la Russie, soit que l'émir d'Afghanistan se rapproche de l'une ou de l'autre, soit qu'elles veuillent s'interdire réciproquement un nouYel ctablissement sur le littoral des mers chinoises. Remontons à dix-huit ans en arrière: l'Italie n'a adhéré définitivement à la Triple Alliance et n'a marqué une hostilité accentuée à la France qu'à la suite de notre installation en Tunisie. Les affaires coloniales constituent aujourd'hui la presque totalité des affaires extérieures des grands Etats. Plus que tous les problèmes européens, à demi caducs, elles entraînent les échanges de nies, les rédactions de protocoles, les réunions de conférences. Nul ne nous démentirait si nous affirmions que la prochaine conflagration européenne sortira de quelque rencontre armée de deux milices, sur les bords d'un fleuve au nom barbare, et hier encore inconnu. La Chine sera peut-être le tombeau de telle nation pleine de vie, mais trop assoiffée de conquêtes. Puisse son partage définitif s'ajourner d'au moins quelques années! * * * La colonisation a été partout, pour la classe dirigeante et les pouvoirs publics établis, un puissant instrument de règne,

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