LE SOCIALIS)IE ET L'EXPA~SION COI.O~IALE CONTDIPORAI~E 563 aberrations sanguinaires de l'italien linaghi en Erythrée, ni les exactions et les forfaits des Belges au Congo Indépendant. L'avenir nous apprendra sans doute qu'aux Philippines, les Américains se sont conformés aux pratiq'ues usuelles des blancs, en pays exotique. Du moment que l'on admet la thèse de races inférieures, chère à Ferry, et la plénitude des droits du vainqueur d'origine aryenne sur les malheureuses populations de souche noire, la colère serait assez peu dt: mise; les actes de cruauté s'expliquent tout naturellement, mais c'est une des tares les plus graves de notre époque qu'une pareille doctrine ait pu seulement être formulée, et que l'on ait prétendu justifier par des considérations d'apparence scientifique, l'asservissement de peuplades africaines ou océaniennes, et toutes les violences dont elles ont été et sont encore ks victimes. L'expansion coloniale aura ainsi exercé sur, la mentalité, sur la moralité de notre époque une influence doublement désastreuse, en consolidant l'assise du militarisme et en réveillant les sentiments sauvages qu'on croyait étouffés sous le Yernis de ciYilisation. * * * La colonisation est un élément de guerre permanente, un foyer de générale conflagration. En multipliant les points de contact entre les grandes puissances, elle a augmenté à l'infini les chances de querelle armée. Ce n'est plus seulement sur la ligne des \'osges que se touchent la France et l'Allemagne; elles voisinent en Guince. La France et l'Angleterre aYaient été privées de contact terrestre par la nature. Elles se heurtent en Indo-Chine, en Chine, dans l'Ouest et le Centre Africain.L'Angleterre et l'Allemagne auraient peut-être toujours vecu en bons termes, si elles ne s'ctaient rencontrées dans l'archipel Samoa. Enfin rien n'eût contrarié vraisemblablement les bonnes relations de l'Amérique et de l'Empire ge(manique si ces deux puissances, distantes de plusieurs milliers de kilomètres, n'ayaient nourri en mèmc temps des ambitions sur !'Extrême-Orient. La poussée exotique a donc modifié, et si l'on peut dire, aggraYe la géographie, en créant d'interminables frontières communes à des pays qui jusque-là n'aYaient pas un pouce de terre mitoyenne ou qui estimaient déjà leur contiguïté suffisante. On conçoit qu'elle suspende d'effroyables menaces sur la paix du monde. De fait les questions d'ordre purement européen ont passé au second plan dans les préoccupations des gouvernements de notre Continent. Le problème d'Alsace-Lorraine est quelque peu effacé, pour les Français comme pour les Allemands, par le problème chinois, et !'irrédentisme italien se soustrait assez bien à l'obsession du Trentin en regardant vers San-Moup. Le
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