La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA RE\TE SOCIALISTE la ressource suprème des têtes brùlécs de l'année, le sport favori d'officiers qui chassent l'homme comme d'autres chassent le tigre, le sanalicr ou, plus modestement, le lapin. ::, C'est par les expéditions exotiques, si ruineuses pour le pays, qu'à travers Yingt-huit ans de paix continue, l'uniforme a essayé de garder son prestige. On conçoit gue toute occasion d'expansion ait été saisie, exploitée; gu'à la premiérc alerte, des expéditions aient été commandées, guc des Yies humaines aient été gaspillées, sans discrétion et sans pitié, pour assouYir le Moloch sanglant du monde moderne. La poussée coloniale a remis les collectivités contemporaines aux mains de l'armée qui avait dejà tant de prise sur elles. Pour perpétuer l'esprit césarien, l'admiration du sabre, les Dodds, les Négrier, les Galliéni n'ont eu qu'à envoyer des hommes à la mort. Comme la monarchie de Juillet et i'Empirc ont eu leurs généraux d'Algérie, prêts à toutes les besognes, dressés :wx exécrables répressions, la troisiéme République a ses officiers du Soudan, de Madagascar et du Tonkin, dont les tendances ne font plus doute. Dans les agitations de la crise dcrnierc, leur épée a frémi au fourreau: c'est li-bas, dans les brousses lointaines, parmi les buissons épineux où les Lebd fauchent les négrcs, que se forge peut-être, à cette heure, telle dictature militaire, menace de l'avenir, péril i refouler demain. * * * La colonisation a, tour ù tour, déshonoré toutes les nations, en démentant leur prétendue philanthropie. Li férocité que les congucr,rnts anglais, français, allemands, italiens, américains, de cette fin de siècle ont déploycc contre les peuplades en butte i leurs attaques, est à peine inférieure à celle des Cortez et des Pizarrc. L'histoire des campagnes exotiques regorge de traits saisissants qui démontrent l'immoralité, l'absence de scrupules, la barbarie raffincc des officiers, et aussi des administrateurs blancs, en contact avec les hommes de couleur. Tont récemment, la presse internationale s'indignait des procédés du général Kitchener et des autres chefs de l'expcdition soudanaise; elle signalait, avec force protestations, le traitement infligé aux blessés dcrYiches, la dispersion des cendres du Mahdi, la profanation des cadanes répandus sur le champ de bataille de l'Atbara. Toute aventure coloniale recélc de pareils faits scandaleux. li n'est pas trè~ honorable pour la France d'avoir laissé assassiner, sans forme de procès, d'innombrables Hovas lors de la conquête de Madagascar. Au Dahomey, et auparavant dans le Haut Tonkin, l'attitude de nos commandants de colonnes n'avait p,1s étc pl~1sdigne de soi-disant civilises. On n'a pas oublie les ignominies de la domination allemande à Cameroun, ni les

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