La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LE SOCIALISME ET L'EXPANSION COLONIALE CONTEMPORAINE 559 seul procédé qui permette à une nation d'hiter une réelle déperdition des citoyens. - Si l'Angleterre et l'Italie avaient été seulesa coloniser, si la Belgique - n_ous ne parlons pas du roi Léopold, mais de la Belgique - avait conçu la nécessité de créer un empire extérieur, la théorie serait peut-être spécieuse. Mais par malheur, la France et les États-Unis, en participant à la poussée que nous analysons, ont dUruit en même temps la thèse. On ne soutiendra pas en effet, en présence de la dépopulation tant déplorée par tous nos organes quotidiens, hebdomadaires, mensuels, que nous ayons un trop-plein de nationaux; et l'on affirmera encore moins que les Américains, qui ont encore chez eux tant de districts à très faible densité, aient besoin de chercher au dehors de quoi vivre et habiter. - Passons à l'argument social, car il en est de la colonisation .comme de certaines causes mauvaises; elle s'appuie sur de très nombreux étais. -La création d'annexes lointaines, en permettant d'expulser les éléments remuants et révolutionnaire5 d'un pays, contribue à maintenir la paix intérieure. M. de Yogi.il'.:a transcrit quelque part cette affirmation en termes fort élégants; M. de Talleyrand, qui n'était pas moins grand seigneur, cmettait auparavant la même opinion dans un mémoire au Directoire : « Il est bon de placer au dehors les citoyens qui menacent la tranquillité. » Enfin M. Thiers, qu'on serait étonne de ne .pas rencontrer en pareille compagnie, estimait qu'on conjurerait aisément les conflits de classe en expédiant une partie du peuple aux colonies. - Nous reconnaissons qu'aucun de nos ministres de la troisième République n'a osé porter a la tribune une semblable doctrine. Nous ajouterons que la thèse de MM. de Talleyrand, de Vogüé et Thiers est assez peu compatible avec les pratiques que notre administration a généralisées. Chacun sait, en effet, que pour aller aux colonies, comme au temps de La Bruyère, pour faire vœu de pauvreté dans un couvent, il est indispensable d'aYoir une certaine aisance. Le prolétariat, depuis Yingt ans, n'a étc'.:admis ni aux avantages, ni aux mécomptes de la « déportation libre » dans nos possessions. - Il faut créer des débouchés, parer aux besoins de la production, développer le champ d'activité commerciale. - Voilà l'argument économique que Ferry a exprimé sous la forme bien connue : placement de père de famille, et qui a retenti, à d'innombrables reprises, dans toutes les enceintes parlementaires depuis dix :rns. - Arrêtons-nous : nous tenons le facteur nai et, si l'on peut ajouter, le principe agissant et exclusif de l'expansion coloniale. La colonisation sort de l'infrastructure du système contemporain. La classe capitaliste au pouvoir, aux Etats-Unis comme en France,

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