LA REVUE SOCIALISTE tugal, malgré l'étendue de ses possessions coloniales, n'a-t-il pas périclité au point de descendre au rang des petites principautés balkaniques à peine vieilles de vingt ans? L'Espagne, en dépit de son gigantesque empire, ne s'est-elle pas effondrée à la première attaque comme ces grands arbres desséchés que la vie a désertés, et qui restent fièrement debout, jusqu'à la première poussée des vents? L'histoire n'atteste-t-elle pas, qu'à toutes les époques, les pays aux énormes contours ont offert une facilité de destruction infiniment plus certaine que les contrées ramassées sur elles-mêmes? L'Angleterre souffre déjà aujourd'hui de l'extension démesurée de ses frontières coloniales. Autrefois soustraite a toute prise, elle présente a l'assaut de ses ennemis une bordure immense, et les menaces de défaite se sont accrues pour elle dans des proportions qu'on ne saurait même préciser. La protection de nos colonies actuelles, en cas de guerre générale, deviendrait une impossibilité, et d'avance, certaines d'entre elles sont sacrifiées dans les plans stratégiques. Ne sent-on pas enfin que l'Union américaine, maîtresse des Philippines et des Grandes Antilles, sera autrement vulnérable qu'avant ses conquêtes sur l'Espagne? Ce n'est d'ailleurs la qu'un côté du débat. Il en est un autre sur lequel nous ne voulons pas insister, mais qui n'en mérite pas moins d'être signalé. L'influence intellectuelle d'un pays dans le monde ne se mesure pas à son étendue kilométrique; son prestige moral est indépendant de sa vigueur matérielle; il se peut au contraire que celui-la croisse en raison inverse de celle-ci et qu'a un repliement sur le noyau central et initial, à l'abandon de terres indûment occupées par la force, corresponde pour une nation un regain d'autorité et de rayonnement. Il est vrai que l'energie morale et la puissance de l'idée ne sont aux yeux des classes dirigeantes de tous nos groupements civilisés qu'un facteur d'importance très secondaire. - Les expéditions coloniales sont une école continue pour les armées. L'Algérie a été le terrain de manœuvres de nos soldats sous la monarchie de Juillet. Le Tonkin lui a succédé, lorsqu'elle a été à peu près pacifiée, et aujourd'hui le Soudan continue à servir de terrain d'exercice. L'Italie, État militarisé, affecta l'Érythrée à la même destination. - Autre raison alléguée par nos adversaires pour défendre l'expansion exotique. Ici nous nous refusons à discuter. C'est par le mépris qu'on rejette une pareille dialectique. Elle n'en a pas moins joué son rôle dans les assemblées parlementaires qui ce sont pas scrupuleuses sur le choix des termes et dont la conscience a toutes les élasticités. - Il faut fournir un exutoire au mouYement d'émigration qu'enregistrent toutes les statistiques des États civilisés. La colonisation est le
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