LA REVUE SOCIALISTE 1865, à son Jéveloppement industriel, commercial, agricole. Sa tradition, en depit de certaines mais rares exceptions, lui interdisait de déclarer la guerre, de rechercher des conquêtes, en un mot d'adopter la politique agressive, à laquelle la majeure partie des nations du Yieux monde aYaient et ont encore donné leur adhésion. Ce système si sage et si prudent a été soudain déserté. M. Cleveland avait réussi à paralyser le grand courant de chauvinisme brutal qui s'était déchaîn(:, au temps de sa présidence, sur les États de l'Amérique du Nord; M. MacKinley a cédé au mouvement, puis en a pris la direction effectiYe. Ce n'est pas par sentimentalité, par solidarité rcpublicaineque le cabinet de ·washington, on le sait de reste aujourd'hui, a embrassé la cause des Cubains et des Philippins. La conduite qu'il a tenue à la Havane, la .:ampagne qu'il poursuit avec si peu de fortune aux alentours de Manille, attestent surabondamment qu'à son tour, comme les cabinets de Paris, de Londres, de Rome, etc., il a voulu en tout et pour tout, réaliser une superbe affaire de conquête extérieure. Ces courtes lignes démontrent ou du moins tendent à démontrer, qu'à l'expansion exotique il ne convient pas de chercher des raisons multiples, diverses selon les peuples et les circonstances, pui5éesdans l'histoire particulière de chaque pays et par là même peut-être soustraites à une conclusion générale. Le mouvement colonisateur est tel qu'il apparaît étroitement lié à l'organisation économique de notre époque et qu'il mérite d'être considéré comme un phénomène d'un_e portée sociale. * * * Pour justifier la colonisation, pour enlever les votes de crédit, - car les aventures africaines et asiatiques se sont toujours soldées par des accroissements de dépenses,-les gouvernements modernes ont allégué une foule de motifs. Quelques-unes de leurs assertions sont hypocrites; d'autres brutalement sincères; d'autres encore se réfèrent à la mentalité spéciale de peuples lentement pétris par les guerres réitérées et par les légendes militaires. Celles-ci et celles-là méritent d'être exposées, examinées, discutées. L'on peut déterminer dans quelle mesure chacune des causes indiquées a concouru à la poussée européenne, japonaise, américaine vers les terres neuves et les contrées restées à l'état inorganique. Nous verrons aussi que, finalement, au-dessus de tous les raisonnements produits, une seule et vraie raison subsiste : la raison économique, que les ministères conservateurs ne dissimulent pas, en realité, mais dont ils travestissent ou atténuent la portée. Faut-il tenir compte des considérations morales qu'un Ferry, un Mancini, un Crispi, un Chamberlain ont maintes fois portées à la tribune? Admettrons-nous, un seul instant, que les multiples colonnes
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