La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LE SOCIALISME ET L'EXPAXSION COLONIALE CONTEMPORAINE 555 a la conquête de quelque coin de terre sur le littoral chinois ou indochinois ou sur la bordure du continent africain. La théorie des « Hinterlands», c'est-à-dire de l'appropriation des arrière-pays a surgi, s'est développée, au fur et à mesure que les côtes tombaient dans le domaine des puissances, et que se rétrécissaient, sur elle, les chances d'acquisition. Ce n'est point notre intention de présenter ici, avec quelque détail, un tableau des empictements que les différents peuples ont réalisés par l'intervention de la force armée. Ce qu'il importe de constater, c'est qu'à côté de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne même, qui ont constitué des domaines coloniaux d'étendue et de valeur fort diverses, des nations qui semblaient devoir se soustraire au mouvcmrnt d'expansion, soit par l'exiguïté même de leur population, soit par la faiblesse de leurs ressources économiques, n'ont pas hésité à courir les risques d'aventures plus ou moins ruineuses. Qu'elle le veuille ou non, la Belgique est riYée au Congo indépendant, dont les journaux du roi Léopold célèbrent les richesses, mais qui pourrait un jour coùter fort cher à nos voisins, et dont l'assimilation, si prudemment soit-elle conduite, recèle de multiples et très sérieux périls. L'Italie, saisie de la fièvre coloniale, jetce dans l'affaire d'Érythrée, n'est pas tout a fait revenue de son étrange erreur, puisque son gouvernement convoite la baie de San-Moun, sur le Grand Océan. Il n'est pas, dans notre Europe, jusqu'au petit Danemark qui n'espère à cette heure confisquer un morceau de Chine, et planter là-bas son pavillon, sur quelque pagode ruinée. Cc qui est plus significatif encore que cette générale poussée des États de notre continent, c'est le double phénomène que deux grandes guerres ont révélé depuis quatre ans sur les rives du Pacifique. Le Japon a voulu occuper la Corée, les Philippines, d'autres terres peutêtre; il a fallu qu'une triple alliance se formât en Europe pour qu'il renonçât a un premier et grave morcellement de l'Empire du Milieu. Pour qu'il ne s'emparât pas des Philippines, une intervention immédiate a paru indispensable a l'Union. Et sans doute, les victoires du Japon sur la Chine, la méthode politique inaugurée a Tokio en 1894, les ambitions nettement affichées par les sujets du Mikado ne sont pas étrangères au sursaut subit de sentiments belliqueux qui s'affirma, aux États-Unis, vers l'époque même de la signature du traité de Simonosaki. La guerre hispano-américaine de l'an dernier nous est, dans l'étude entreprise ici, un élément d'appréciation des plus remarqnables. L'Union s'était efforcée pendant des années de se tenir à l'écart des conflits qui divisaient le monde. Elle avait estimé que l'appropriation, la mise en état de son propre territoire suffisait amplement à occuper son activité. Elle s'était vouée, après la clôture de la lutte civile en

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