554 LA REVUE SOCIALISTE sur une motion ou sur un projet qui intéresse le mouvement colonisateur. li est bien évident, que s'ils sont sollicités par un ministère quelconque, de voter des fonds pour une nouYelle expédition, ils ne balancent pas à refuser leurs suffrages. Mais, en somme, c'est à intervalles assez éloignés que les gouYernements engagent des campagnes africaines et asiatiques, et la plupart du temps, c'est sous une forme toute différente que se pose la qucstion. On demande des crédits pour renforcer le fonctionnarisme, ou pour entretenir des troupes à demeure, ou encore pour organiser les traYaux publics. Dans ce dernier cas surtout, le représentant socialiste peut aYoir quelque hésitation, et finalement des divergences de Yotes, toujours regrettables, s'affirmeront. Que demain le cabinet français apporte deYant les Chambres un projet de Transsaharien et réclame quelques dizaines de millions pour amorcer l'entreprise? os mandataires n'examineront-ils que le côté économique de l'affaire, se laisseront-ils séduire par son caractére ciYilisateur et pacifique, ou s'inspireront-ils de considérations plus larges? On conçoit toute l'importance de la discussion que nous voudrions susciter, au sein même de notre parti, sur la matière qui fait l'objet de ces courtes pages. Les congrés nationaux et internationaux qui se sont tenus depuis une dizaine d'années ont compris, de prime abord, la nécessité d'un ample examen de la question coloniale : mais en réalité elle n'a jamais donné lieu à des échanges de vues dignes de ce nom; elle a été étouffée 1 elle a disparu sous l'accumulation énorme des articles d'ordres du jour. Le congres de Londres deYait l'envisager, puisqu'elle avait été inscrite par la commission d'organisation sur la liste même de ses travaux : et pourtant, par une fatalité que nous sommes les premiers à déplorer, elle n'a provoqué ni une communication ni même de simples pourparlers. L'omission est réparable : certains membres, et non des moins estimés du parti socialiste international, considèrent aujourd'hui avec raison que ce parti devrait arrêter, une fois pour toutes, une attitude collective vis-à-vis de l'expansion exotique. Nous voudrions que nos réflexions personnelles pussent provoquer des ripostes, ouvrir une enquête contradictoire. En tout cas, nous remercions le citoyen Rouanet de nous avoir autorisés, avec son libéralisme coutumier, à émettre en pleine liberté une opinion qui, peut-être, ne sera pas partagée par tous nos amis, français et étrangers. * * * La colonisation est un fait tellement uniYcrsalisé qu'on peut à juste titre dénoncer en elle un trait caractéristique de cet âge. Il est peu d'États, parmi les grands comme parmi les petits, qui n'aient aspiré
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