552 LA REVUE SOCIALISTE pris cordialement congé du chef du gou\'C:rncmcnt et d<.:ses collègues, du procureur et de mon gardien mélom:mc, je partis pour la France. Dans le pr<.:mier chef-lieu de département où nous passâmes, nous nous n:ndimes à la préfecture. Lorsgu'on apprit gue j'avais été expulsé de Suisse, on voulut m'arrêter sans explications et, selon la coutume, m'expédier au Hanc, de gendarmerie en gendarmerie; mais mon compagnon fit remarquer expressément que le gouYcrnemcnt s'était cnrrao-é à m'assurer un sauf-conduit; et il insista tellement que i''obtins ::, t, une feuille de route pour le Hanc a\'cc la condition expresse d'éviter Paris. Tous les lieux où j'allais arnir à me présenter à la police étaient indiqués l'un après l'autre sur ce sauf-conduit, ~ue j'ai encore dans mes papiers. Je dus donc me séparer de mon ministr~ de la justice, pour leg uel j'ai conserYé de la rcconnaiss:rncc. Il me souhaita un bon Yoyage, non sans crainte apparente. Je ne l'ai jamais revu, je ne lui ai même jamais écrit de Londres, cc qui fut bien ingrat de ma part, car il se trouve dans la Yic des situations où, par force maji:::ure, il nous est impossible de remplir les deYoirs les plus simples. Mon Yoyagc au Hane ne s'effectua pas sans irrégularité; je ne pus résister à l'envie d'aller voir mes amis de Paris. Je ne fus pas découYert. J'arriYai heureusement au Havre et m'embarquai pour Londres sur le Yapcur Arlequin. La partie romanesque de mon exil était terminée. Et sur le dur pavé de Londres, j'usai le reste de mon roman politigue. On m'écrivit de Paris que la Yeille de mon départ là police avait fait une perquisition. C'était bon, j'étais parti. Je n'aurais pas été envoyé, il est vrai, à la légion étrangère, mais à la « guillotine séche », à Cayenne ou à Lambessa. De Suisse je reçus la nouvelle suivante en laquelle on peut ajouter une foi entiére. L'idée de la réunion de Murten était venue de Genève. Je m'en étais tout de suite douté. Je connais mes Pappeuheimer et mes Parlementeurs. Et le chef même de l'empire allemand, que, vingt ans plus tard, les papiers des Tuileries représentaient comme un stipendié du gredin d'empereur Napoléon, faisait à un torchon de journal cette communication adorable : « Je suis à la solde de la réaction européenne. » Ils le sont tous ... \V. LIEBKXECHT. (Traduit par ].-G. Prod'homme.)
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