La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

• LA REVUE SOCIALISTE trouvai donc, « relativement», très bien et j\'.:tais rassuré sur le sort des autres délégués qui n'avaient pas été arrêtés ou avaient été relâchés immédiatement, car, en n'.:alité, la Confédération n'en voulait qÙ'à moi. Et rien ne manquait :rnx prisonniers, aux « surveillés », c'est-àdire. Cc fut donc avec la plus grande quiétude que je vis Yenir le lendemain; mais je ne me fis pas d'illusion: malgré son absurdité, cette accusation devait marquer la fin de mon séjour en Suisse. Le matin suivant m'amena le procureur de l'Etat et l'explication. Un trés gentil garçon, M. le procureur, qui me souhaita le bonjour de la façon la plus civile, et s'excusa auprès de moi de sa mission; mais ces messieurs de Berne aYaient, de Bedi11, de Vie1111e, de Paris, - car il y avait aussi, à la suite du r 3 juin, des réfugiés français en Suisse, - avaient été bombardés de telle façon, qu'ils en avaient complètement perdu la tête. M. Druey, l'ex-communiste ami de Weitling, M. Druey, sur qui ce diable d'ordre s'était soudain abattu, s'était mis dans la tête que nous ,•oulions tenter un coup, et il se trouvait forcé de m'interroger. L'interrogatoire fut très court. J'exposai le véritable état des choses et m'égayai beaucoup de l'idée grotesque qu'on pùt faire une invasion armée dans l'Allemagne alors, après les soulèvements de mai partout réprimés, et le calme des cimetières etabli partout par les cours martiales. Le procureur comprit à merveille. Le procl'.:s-verbalfut immédiatement exp6dié à Berne, et il espérait pouvoir me rendre au plus tôt à la liberté. L' « au plus tôt» se prolongea. De Berne, arrivaient toujours de nouvelles questions, toutes plus bêtes les unes que les autres. On m'avait cependant prépar6 une jolie chambre dans une tour carrée derrière les créneaux de laquelle je pouvais me promener à YOlonté, et de là, je me distrayais à regarder la ville et la campagne splendide étendues au-dessous de moi. Mon gardien était un garçon peu ordinaire, un enfant de la nature, avec des yeux de coquin malin et rusé, qui chantait toute la journée, - quand il ne buvait pas, cc dont il s'acquittait fort souvent et fort bien. Il anit pris part à la guerre du Sonderbt::nd, et bien qu'il eût été enrôlé par le gouvernement d'alors, comme Sonderbündler, - il était, à la première rencontre, passé aux confédérés; il avait alors aidé à renverser le gouvernement des jésuites, et maintenant il servait le nouveau gouvernement, déployant tous ses petits talents pour s'amasser quelques sous d'économie dans l'espoir d'un mariage prochain. Sa fiancée avait quelque argent et un peu de terres, de sorte qu'ils pourraient se tirer d'affaire, indépendants. Le service n'était certes pas dur, mais quelque bons que soient« les maîtres », le mieux est toujours d'être son ·propre maître. li me parlait, tantôt enfrançais, tantôt dans un patois allemand encore

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