La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

SOUVENIRS o'EXlL E:\' SUISSE 549 de guerres civiles antérieures: Bouci11gault ou Bouci11got, ou ... je ne me souviens plus comment cela s'écrit. Et maintenant, arrivons au dernier acte de mon séjour à Genéve, séjour sur lequel jè peux revenir plus longuement une autre fois. Afin de poursuivre l'organisation d'une fédération des Unions ouvrières allemandes et pour hâter la chose en général, nous conY0quâmes pour la fin de février un congrès ou Ve1-einstag, à Murten, dans le canton de Fribourg qui, après la chute du Sonderbund, s'était donné un gouvernement radical (automne de 1847). Tout aYait été préparé pour le mieux, toutes les Unions avaient annoncé l'envoi de délégués, et nous comptions même sur le plus bienveillant accueil. Je partis pour Murten la veille du jour fixé, - c'était, je crois, sans en être absolument sùr, le 20 fevrier - afin _d'assister à une entrevue preparatoire. Je ne rencontrai, à mon etonnement, aucun délégué à la gare, et je dus demander mon chemin. Devant, et à l'intérieur du local désigne pour le congrès, régnait un calme surprenant. On ne voyait personne. Je m'informai auprès du patron de l'établissement; il me désigna un monsieur qui, très poliment s'approcha de moi, et, « accomplissant un devoir fort désagréable, mais impérieux », m'informa qu'il était chargé par le département de Fribourg, agissant sur un ordre séverc venu de Berne, d'empêcher la tenue du Congrès, et de me prendre sous sa protection. « Qu'est-ce que cela signifie? - Je ne puis vous laisser partir; on a pourvu à votre sûreté. - En d'autres termes: je suis prisonnier dans la libre Suisse?» Il haussa les épaules, embarrassé. Lorsque j'appris que les autres délégués arrivés avant moi étaient également « protégés » et que le lendemain matin un membre du gouvernement me donnerait des explications détaillées, il ne me resta plus qu'à suivre ce fonctionnaire, qui se trouvait visiblement dans un grand trouble de conscience. Il me mit dans une voiture ou vint prendre place un monsieur que je n'avais pas encore remarqué, et qui me dit que, pour en terminer rapidement, je devais l'accompagner jusqu'à Fribourg. En route, mes compagnons devinrent bavards. Le Conseil fédéral croyait que j'avais voulu faire servir les Unions à tenter un coup de main en Allemagne. Cela me fit éclater de rire. J'étais « prisonnier d'Etat», mais je ne pouvais me faire au sérieux d'une telle position et je bafouai comme il faut les << Perruques» de Berne, ce qui ne parut pas trop déplaire à mes compagnons. A Fribourg, j'eus pour la nuit une chambre bien meublée, avec la permission de commander tout ce que je désirerais boire, manger, etc. Une Waibel (1) me fut donnée pour me servir et me« garder». Je me (r) Expression populaire qui s'applique ici a une servante accorte. (Note du Traducteur.)

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