La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE de l:i chose à [1me qui vive jusqu'à nouvel ordre. Sorge était sur ma liste et fut pressenti par moi. , e se souYenant plus de ces circonstances, il a cru plus tard qu'il s'agissait d'une simple initiation à une «Ligue». D'ailleurs les choses n'allèrent pas jusque-là. Les radicaux, et en particulier les ouHicrs du faubourg Saint-Gervais, qui est pour Genéve ù peu près ce que sont pour le Paris socialiste, les faubourgs SaintAntoine et Saint-?vlarceau, étaient dans une agitation fiévreuse; ils partageaient la mème manière de ,·oir que les mille n'.:fugiés Yivant parmi eux, comme quiconque ayant des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, pounit s'en rendre compte. MM. les réactionnaires se comportèrent a,·ec cette prudence, qui est la meilleure partie du courage, et poussèrent la circonspection si loin que les meneurs n'allèrent pas même jusqu'au \'Ote, afin de ne pas occasionner de conflit. Cc qui est certain, c'est qu'ils succombèrent lamentablement. La veille et le jour même de l'élection sont inoubliables pour moi. Nous attendions à tout moment le signal. Dans les rues, c'était le flux et le reflux de groupes animes, çà et la, des discussions passionnées entre amis, des disputes passionnées entre adversaires; il y eut quelques rixes \'iolcntes, et l'exaspèration de la foule ctait encore accrue par l'interYention brutale de la police réactionnaire qui, ;\ la suite des pires provocations, opéra de nombreuses arrestations. Moimème, avec le jeune Galeer, je fus emballé par une patrouille· de police, et, sur le chemin du violon ( sobriquet par lequel on désigne en français les postes de police), je fus deliné par la foule, ce qui n'alla pas sans une petite leçon dont la Sainte-He1:mandad tira utilité et profit. Il n'y eut pas de bagarre autrement sérieuse, et quelle JOie pour les milliers et milliers de personnes qui attendaient devant l'Hôtel-deVillc, lorsqu'elles apprirent la victoire! Et avec quel mugissement de tempête retentit le chant de guerre des travailleurs de Saint-Ger\'ais, - au son duquel trois ans auparavant, aidé par les fusils et les canons, le 8 octobre 1846, puis en noYembre, avec des bulletins de vote, on avait enterré le gouvernement aristocratique et le monopole gouvernemental trois fois centenaire des« Perruques», - le chant de guerre dont Yoici le refrain : Aristocrat's faites vot' prière! A genoux, devant ks Boucingaults ! A genoux, <levant les Boucingaults 1 Cette musique ré,·olutionnaire mérite d'être entierement connue. Peut-ètre un Genevois ami aura-t-il la bontc de m'en communiquer l'air an:c la chanson en m'expliquant cc mot qui provient sans doute

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