SOUVEKJRS D'EXIL EN SCISSE 547 d'une des ligues secrètes des anciens prolétaires. La « Ligue des Exilés » (Bund der Gecechlelen) venait d'être dissoute lors de mon entrée dans la vie· politique. Quant à la « Ligue des Justes» (Bu11d der Gerechteu) de W eitling ( r), je ne rnulais pas en faire partie; et pour la « Ligue des Communistes » (Kommunistwbu11d), je n'y fus admis que pendant mon séjour à Londres, sur la recommandation de Marx et d'Engels. Il ne s'agissait alors que d'une petite, - disons le mot, quand bien même quelque imbécile essaierait de s'en servir contre moi, - d'une petite co11spiratio11. L'élection du Grand-Conseil de Genève avait lieu en novembre. Les conservateurs faisaient les plus grands efforts pour anéantir le régime de James Fazy, (2) qu'ils détestaient. Quant aux radicaux, ils avaient des raisons de croire que les cléricaux ne se laisseraient pas effrayer par la perspective du bruit dans la rue. Il fallait donc se tenir sur ses gardes. Par les soins de Galeer, Becker ( notre Jo!JannP!Jilipp, qui avait troqué son bâton belliqueux de maréchal contre les attributs plus pacifiques de cabaretier), Borkheim, ex-colonel d'artillerie et chef de batterie, et cieux ou trois autres exilés, moi entre autres, nous fûmes instruits de la situation et priés de dire si, en cas de grabuge, nous étions prêts à soutenir les radicaux. Certes, nous l'étions, prêts; et notre désir le plus ardent était bien de ne pas en rester aux seuls préparatifs. Des armes nous étaient assurées : canons et munitions à volonté de l'arsenal cantonal gardé par les nôtres, et à l'abri de toute surprise. Mais il importait aussi se procurer un nombre d'hommes suffisant. Nous préparâmes donc une liste de tous les gens sûrs, - volontaires et soldats, -- puis nous sondâmes tous ceux qui, riches en influences et tout désignés pour des commandements plus ou moins importants, devaient être initiés, sous le serment de ne parler (1) Wilhem Wcitling, né à Magdebourg, le 5 octobre 1808, mort à New-York, le 15 janvier 18ï1 : était ouvrier tailleur. Après avoir beaucoup voyagé en France, il revint en 48 de Bruxelles en Allemagne; puis repartit l'annêe suivante pour l'Amérique où il finit astronome. Il a exposé ses théories, très importantes pour l'histoire du socialisme, dans Garanliw der Harmonie 1111Fdreibeit (Vevey, 1842) Die Mwscbeit, wie sie ist und sein soli (1839) et l'J::rn11gili11dmes Sii11ders. (2) Jean-Jacob (dit James) Fazy, né le 12 mai 1 ï96, à Genève, où il mourut le 6 novembre 1878, d'une famille de réfugiés protestants français; économiste, disciple de Smith et de J .-B. Say, il fonda en 1826 le Journal de Genève; vint en France vers la fin du règne de Charles X, à la chute duquel il contribua en signant la fameuse protestation des journalistes. Fixé définitivement dans sa ville natale en 1837, il fut le promoteur de la révolution du 7 octobre 1846, a laquelle Liebknecht fait allusion plus loin; chef du nouveau gouvernement genevois, de 1847 à 1853 et de 1855 à 1861, il coopéra à la rédaction _de la Constitution cantonale du 12 septembre 1848. En 1849, il protesta contre le décret interdisant le séjour de la Suisse aux chefs de la révolution badoise, mais il ne voulait pas cependant que la sûreté de la Confédération fût compromise par des manifestations imprudentes. James Faiy mourut a peu pri:s délaissé, après de longues années de silence.
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