La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE de nos crimes, des miens surtout. Nous étions des « têtes folles», des « anarchistes », des « sans-patrie » - car le mot était déjà en usage, - nous avions, par les soulèvements de Francfort, Baden, Dresde, etc., mis la nielle sur le bon grain, nous empêchions, par nos folles équipées, l'union de toutes les classes Ju peuple nécessaires pour vaincre l'ennemi, et cela était la pire des folies. A moi personnellement, il reprocha de pousser les ouvriers à des desseins démagogiques, et de youloir, qui sait? pour quelque folle entreprise, les e1woyer au poteau d'exécution. Le discours de ce phraseur se termina par une phrase énerg.ique, qui d'ailleurs, ne fit aucun mal. A de violents applaudissements répondirent de plus violents sifflets. Ma réponse ne fut pas difficile; réduisant à néant ses phrases boursoufflées dont je démontrai l'inanité, j'énumérai, en lui retournant ses propres traits, la liste des fautes du Parlement et des parlementaires, et lui prouvai comment la majorité Jes bavards de la Chambre de Francfort, en méconnaissant la question sociale et l'essence même de la Révolution, avait faussé et compromis le mouvement révolution-· naire en Allemagne. Je terminai par un appel enflammé à tous les travailleurs, seuls soutiens possibles de la Révolution sociale, - il n'y en avait plus d'autre, - les engageant a serrer la gorge a messieurs les bourgeois, libéraux ou démocrates, qui les trahiraient sans aucun doute, volontairement ou non. Pendant mon discours, j'avais déjà senti, à l'émotion magnétique de mes auditeurs, que nous tenions la victoire. -Le succès final fut si enthousiaste qu'il terrassa nos adversaires. On décida de passer à la discussion; seuls, Hartmann et moi devions encore prendre la parole. Hartmann dépassa le temps qui lui était assigné; mais, bien qu'il parlftt d'une façon plus positive que dans son premier discours, il ne put regagner la partie. Je ne parlai que quelques minutes, me bornant à des traits généraux et à des saillies. Le vote eut lieu, très orageux. Les parlementaires n'obtinrent pas le quart des voix. Ils quittérent leurs places, la mine déconfite, et, l'un aprcs l'autre, abandonnèrent tous notre assemblée. Aux passages dans lesquels il me dénonçait comme Youlant pousser quelque jour les ouvriers aux aventures, j'eus plus tard l'occasion de réfléchir. Le trait que me décocha M. Hartmann aYait été aiguisé et empoisonné par Karl Vogt: je l'appris quelques mois après. Mais avant d'en parler et de terminer le récit de mon idylle d'exilé a Genève, il me reste à citer un fait, ou plutôt une tentative, que l'ami Sorge rappelle à mon souvenir. Un soir, écrit-il, je l'aurais emmené chez moi, pour lui demander son adhésion a une « ligue » (laquelle? il ne se le rappelle plus ... ). J'avais aussi oublié la chose, mais aujourd'hui, je retrouve de quoi il s'agissait : Ce n'était certainement point

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==