La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

SOUVE:-IIRS D'EXIL E. Sü!SSE 545 le projet de m'évincer à tout prix. Dans ce but, on el1\·oya à l'Association de nos adversaires secrets, qui deYaient être nommés membres. Lorsque l'on crut ~tre sùr d'une majorité, les meneurs de cette petite contre-révolution se firent élire eux-mêmes. Nous n'étions pas aveugles, - et quand l'abcés fut mùr, on le creva. Dans une assemblée fort nombreuse de l'Union, je posai la question non de cabinet, mais de principe, précisai le point en litige, et recherchai un combat décisif. Mon apostrophe imprévue stupéfia nos adversaires; en leur nom, Moritz Hartmann ( 1) exprima leur profonde surprise, et qu'on deYait remettre la discussion à la prochaine séance. Bon! j'étais sùr de mon fait. « Alors donc, à demain! Pas de délai! » Et, à une grande majorité, cela fut accepté. La bataille était déjà à demi gagnée. Pour la séance décisive, les deux partis ennemis avaient mis en action tous les leviers. Elle apporta la solution. Une heure aYant le début, l'immense salle des séances était déjà pleine. Et pourtant la foule entrait toujours dans les salles voisines jusque dans l'escalier, ( refluant dans la rue oü des centaines de personnes encore se promenaient de long en large. La séance fut ouYerte au milieu d'un profond silence, par le vice-président, - j'avais naturellement abandonné la présidence, - qui proposa (ce sur quoi les deux partis s'étaient déjà entendus) de laisser d'abord parler Hartmann, moi ensuite, puis de nous donner encore, à la fin de la discussion, la parole pendant cinq minutes, à mon adversaire et à moi. Ce qui fut accepté sans opposition. Hartmann, - « le petit abbé Mauritius», - ctait, comme tous les Autrichiens, un excellent parleur, mais comme par malheur pas tous les Autrichiens, un épouvantable phraseur. Apres un debut applaudi, dans lequel ne manquait aucune des expressions à effet employées à cette époque, après avoir chanté un joyeux hymne de louange à la Liberté, !'Egalité et la Fraternité, les droits de l'homme et la pauvre petite dornrœscben d'Allemagne, il finit • par arriver à son sujet, - d'aussi loin qu'un tel phraseur peut le faire. 11 conta les hauts faits du parlement de Francfort et comment il eût infailliblement accompli son œuvre grandiose, si les licencieux « subversifs», ennemis de tout ordre établi sur des principes, n'avaient tout démoli. Alors il déroula, pendant une heure au moins, le grand livre (1) D'origine israélite, Moritz Hartmann naquit :i Duschnik (Bohême), le 15 octobre 1821. Poete lyrique et romancier, il vécut de 1844 ,i 1846 it Paris. Apres la Révo-, lution, il écrivit. en cinq parties, l'humoristique Rei111cbro11dikes Pfarren Mn11rili11s (d'où son surnom). Il revint- en France, it Paris et en Bretagne de 1850 à 1852. puis en Provence et dans le Languedoc. Après le 2 décembre, il passsa dix-sept jours it Maus. En 1854 il suivit la guerre de Crimée comme correspondant de la_ J,œlltiscbe Zei/1111g; désapprouva énergiquement la guerre de 18ïO; et mourut le 13 mai 1872.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==