La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

SOCVEXIRS o'EXlL EN SUISSE 543 typographe et maitre se donna avec moi une peine indicible; moiaussi, je me donnai une peine indicible, et le premier soir, je crus avoir fait des progrés suffisants; le lendemain, je me donnai encore plus de peine, s'il est possible, et le soir, je fus moins content de mes progres; le troisième jour, je m'appliquai, avec la plus haute tension d'esprit, à dépasser le travail des deux premiers; - et le soir, je fus obligé de me dire: « Il se passera des mois avant que tu gagnes un pfennig, et des années aYant d'être un bon compositeur; et pendant ce long temps d'apprentissage, tu ne pourras faire autre chose! » Ce sacrifice-!.\ était trop gracd. La faim ne me poussait pas; la vie de réfugie à Genève me souriait encore, mais l'ayenir? Qui vivra verra! (1) Je voulus m'excuser envers mon ami; « Il faut que j'abandonne mon projet, c'est ... » Il ne me laissa pas continuer: cc Je l'avais tout de suite pensé, mais je Youlais vous laisser essayer! » • Je cherchai quelques travaux littéraires et reçus de Mazzini, que j'aYais connu chez Struve, plusieurs traductions à faire, et aussi des travaux originaux, pour lesquelles, naturellement, je ne fus pas beaucoup payé. C'étaittoujours quelque chose, et comme, en attendant, jeme voyais en possession de sommes d'argent assez importantes, je voyais l'avenir en rose et je n'étais certes pas le membre le moins gai de la fameuse Schwefelba11de (2), deYenue par la l:\cheté du régent impérial Vogt universellement célébre . .A.. .11cl/io ! Oui, j'en fus membre, j'ai bu et je me suis amusé de toutes mes forces avec eux, et rempli ainsi tous mes devoirs de membre, deYoirs qui n'allaient d'ailleurs pas plus loin. J'affirme hautement ma participation à cette sociétc, parce que longtemps elle a été contestée ou niée. AYec plaisir j'assume cette responsabilité, ainsi que celle de toutes les fautes et infractions commises, souhaitant seulement d'en trouver encore tout le plaisir. I(arl Yogt (3) qui, semblable au noble Falstaff, son immortel pro- (1) En français dans le texte. (2) Mot !t mot, la « troupe de soufre ». (.Vole d11 Traducteur.) (3) Karl Vogt, né it Giessen le 5 juillet 1817, naturaliste et révolutionnaire, après avoir fait ~es études avec Liebig, séjourna :1 Paris en 18-1-5-46; l'automne de l'~nnée sui,·ante, il fut appelé dans sa ville natale qui lui offr.tit une chaire de géologie. Ami de Herwegh et de Bakounine, il se lança dans le mouvement révolutionnaire de 1848-49. Colonel de la garde commumle de Giessen, il fut élu au Vorparlement, puis a l'Assemblée nationale de Francfort; il fit encore partie du Rumpj-pademml de Stuttgart (it partir du 6 juin); avec Raveaux, Heinrich Simon, Schuler et Becker, puis fut un d~s Reicbsregeutm auxquels il est fait allusion plus loin, et qui ne durèrent que douze jours. Il s'enfuit en Suisse, aptes la victoire des Prussiens dans le Grand-Duché; publia à Berne : Die politise/JeAufgabm der Opposilio11i,i 1111sereZreil (1849); vécut !t Nice, de l'automne de 1850 au printemps de 1852. Cette année-lit il fut nommé ;professeur de géologie à Genève; fit des lectures en Allemagne où il était rentré, et en Suisse; publia un grand nombre de brochures et d'études scientifigues (notamment dans la Revue scie11/ijiq11e, de Paris) et mourut à Saint-Gingolph, le 5 mai 1895.

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