La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

542 LA REVUE SOCIALISTE j'étais brouillé, en général, avec toute la procédure, car le gouvernement Ju canton dL:Zurich m'aYait expulsé. Le métier d'écrivain me dégoùtait, - le nom d'écrivain ou de littérateur avait, je ne sais pourquoi, quelque chose de repoussant pour moi, - et puis, l'expérience du paunc, de l'innocent Rummeltip11ff mort-né, m'avait révélé, malgré sa briévl!té, des chemins si pleins d'épines, que la carriére de !'écrivain n'est pas précisément paYée d'or et qu'elle n'a pas des chemins semés de roses. J'ai bien écrit, et même publié mainte et mainte choses qui n'avaient pas été jugées indignes d'intérêt par des gens compétents, n;ais je n'y avais jamais gagné un pfennig et « écrire pour de l'argent» me répugnait. Pour cc qui est d'écrire, certes, je pouvais écrire, même sans être écrirnin. Et le métier de professeur, auquel je m'étais consacré un assez long temps, - en r 847, j'étais entré comme volontaire à l'établissement de modèles de Frœbcl (à Secfcld, Zurich) qui plus tard fut dirigé par Beust et existe encore aujourd'hui; j'en étais sorti avec de bons certificats, - le métier de professeur ne m'abandonna pas. De mon enfance, j'aYais gardé une inclination pour les traYaux mécaniques, et même, je m'étais rebcllè contre les « études», car je préférais le travail chez un menuisier qui demeurait prcs de la maison paternelk, au « tranil de tète ». Étant étudiant, à Giessen. j'avais pendant six mois appris la charpente, suivant les régies de l'art, chez un maitre de la corporation, pour me prcparer ù la construction d'une hutte dans les forêts de l'Amcrique; plus tard, à Marburg, j'avais fabriqué <lL:sfusils chez un armurier; j'a,·ais même trouve une nouvelle forme de balles, - une cavité postérieure, - permettant aux gaz de l,1 poudre <le disperser les plombs, et supprimant l'emploi incommode de la bourre. Par malheur, la dccouverte aYait été déjà faite en France et appliquée dans le fusil Minié, avant que mon armurier et moi eussions pensé à prendre un brevet. Ainsi, je n'étais pas loin d'embrasser l'état de mécanicien. Je me creusais la tête quand tout a coup me Yint une pensée lumineuse : typographe! Cela se rapproche du métier d'ccriYain, nourrit son homme, et n'a pas tant d'ccueils. Au moins ne comptc-t-on pas autant de typographes que d'écrivains en disponibilite (r). Je connaissais a Genéve un imprimeur qui m'avait souvent conduit dans sa boutique; je m'adressai à lui. Il sourit quelque peu, mais voulut bien m'aider et me mit en relation avec un typographe expérimente que je connaissais aussi. Je commençai dés le lendemain. Mon (1) Il y a dans le texte de cette phr:ise un jeu Je mots intraduisible : Scbriftselzer signifie « typographe »; Scbriflstel/er « écrivain », et Scbriftstellerei « profession J'écri· vain » (Note du lraducteur.)

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