LA REVUE SOCIALISTE nullement, si joli que plus tard eût pu en être le rccit; et par la force nous ne pouvions repousser l'agresseur, même si l'un de nous lui eût sauté sur le dos, comme on l'aYait proposé. Le taureau n'était rien moins qu'un dieu :unoureux, et d'ailleurs il aurait bientot senti qu'un insurgé allemand n'est rien moins qu'Europe, même lorsqu'il a une réputation européenne ... ce qui d'ailleurs n'était alors le cas d'aucun de nous, - et surtout ce n'est pas Gustaye Struve qui eût risqué ce saut périlleux. Nous attendîmes encore une minute que le taureau, qui plusieurs fois s'était retourné en agitant la tête, eût disparu de nos yeux; et nous redescendîmes en sautant, aprcs nous être assurés que sa retraite n'était pas une ruse de guerre. MmeStruYe ramassa tristement les débris de son ombrelle rouge, qu'elle voulut garder comme souvenir, - et nous retournâmes chez nous, car l'e1wie d'attendre sur le remarquablement romantique et romantiquement remarquable sommet du Mont-Salhe le coucher du soleil, nous aYait cté enleYé par la crainte de YOir revenir notre mortel et quadrupède ennemi du rouge. La descente, quoique assez difficile, s'effectua sans incident, au milieu de la gaieté la plus folle, - la plus folle relativement, - après la peur _que nous venions d'éprouver. Cc fut une journée remarquable, Gustave Struve lui-même Youlut bien le reconnaître, mais il ne remonta jamais plus sur lo Mont-Saléve. Maintenant, il est mort, - mort depuis Yingt ans et plus, et comme. souYent on l'a mal jugé et que la masse l'a oublié, je retracerai . bricvement, dans la calendrier de l'an prochain, sa Yie et ses œunes. Le mot de Hegel sur Robespierre : « On peut répéter une chose à sa gloire; il fut sérieux dans tout ce qu'il fit »; ne peut être applique avec plus de justesse à personne qu'à Gustave Stru\'e. Et cc qu'il fut, la géncration d'aujourd'hui doit le saYoir. Sa femme aussi est morte, elle qui survit en ma mémoire dans tout l'éclat de sa beauté et dont les beaux yeux noirs me regardèrent, après sa mort, pour la dernière fois, il y a trente ans. C'était en 1869, à \ïenne, ou je travaillais nuit et jour au congrès des écrivains ( Sc!Jriftstellertag). J'y appris par hasard que StruYe, qui depuis longtemps aYait disparu du cercle de mes connaissances, Yivait à Vienne. Je m'informai tout de suite de son adresse et m'y r~ndis à toute bride. Au quatrième étage je lus sur une carte : « GustaYe Struve ». Je frappai. Un pas léger dans la chambre, comme pour y mettre de l'ordre, - la porte s'ouvrit lentement et un jeune Yisage de petite fille me regarda avec de grands yeux timides. Les yeux, je les connaissais; et mon esprit se reporta vingt ans en arrière. Mais je n?e remis tout de suite et demandai : « M. Struve est-il chez lui? C'est un vieil ami qui désire lui parler. - Oh! oui, papa est là, il sera bien content! » La voix aussi me reportait au temps passé. « Et maman? » demandai-je·
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