532 LA REVUE SOCIALISTE Restent ceux qui ne sont pas encore totalement indigents; il faut leur enlever le peu de travail qui les fait vivre et dans les journaux du parti on trouve tous les jours les plus écœurantes dénonciations et excitations. Un jour on dénonce les marchands de poisson juifs, le lendemain le colporteur juif qui passe à la Cbiffa, les « ouHiers juifs employés par un tel, un fondeur qui travaille chez un autre ». On descend jusqu'A dénoncer de malheureuses couturières et même les bonnes. cc Nous signalons M. X ... qui a pour bonne une juive du nom d'Ouzilou. » Un pauvre garde-magasin n'échappe pas aux délations, tous les employés des industries de transport sont chassés sur les ordres donnés par le parti. A Oran, un journal local signale par leurs noms et leurs numeros les trente-huit cochers de fiacre israélites et conclut dans les termes suivants : c< Afin de ne point oublier tous ces braves sidis, nous recommandons aux Français et aux Espag11ols de découper cette petite collection et de la coller dans leur carnet de poche ou dans leur portefeuille.» A Alger, la municipalité prétend obliger les cochers de fiacre juifs ù stationner dans un lieu déterminé. Quant aux colporteurs, aprcs avoir exigé d'eux le paiement de droit de place, on les arrête et on confisque leurs marchandises. On refuse tout emplacement aux marchands forains israélites et, sur telle affiche annonçant la fête du village, se lit l'inscription suivante contrcsignce par le comité organisateur : cc On ne répond pas de la tête des Juifs. » A l'heure actuelle, à part quelques rares citoyens qùi font prem·e d'un courage civique particulicremcnt louable, tous les employeurs refusent volontairement ou non d'occuper le proletariat juif. Jamais n'a eté organise boycottage plus injuste dans ses causes, plus brutal dans ses moyens, plus inhumain dans ses n'.:sultats. Pourtant il y a mieux encore. Quand on ne peut plus chasser le malheureux prolétaire juif des ateliers ou il gagnait sa vie, l'insulter dans les promenades et jardins, oü il allait parfois avec ses petits respirer un peu d'air pur, quand le malheureux se tient coi dans son ghetto au milieu de ses coreligionnaires dont quelques-uns, plus favorisés, l'occupent par pitié, alors, par un raffinement de méchanceté, on troun: encore les moyens de l'outrager et d'insulter a sa misère et à sa faiblesse. Voici la dernière facétie iiwentée par deux employes du premier bureau de la mairie d'Oran, dont l'un a passe en correctionnelle sous la prb·ention <l'avoir coopéré au pillage d'une boutique israélite en mai 1897. Un ounier juif, Siboul Jacob, se presenté à l'Hôtel-dc-Villc en vue <l'être renseigné sur les formalités à remplir pour envoyer à ]'Exposition <le 1900 trois pièces d'une rare originalité. Il expose l'objet de sa visite aux employés qui laissent répondre à leur place un individu présent et qui fait <les cours de peinture à la mairie. « Reviens a
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