La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LE PROLl~TARIAT JUIF EN ALGÉRIE 531 maintenant faire un tableau rapide des persécutions qui l'accablent. La misère et le chômage, conséquence des troubles antisémites, ont produit l'indigence que nous venons de constater: il semblait qu'à notre époque du moins, on ne pouvait gucre aller plus loin. Les antijuifs ont prouvé le contraire en organisant contre ces indigents, pour en faire de Yéritables martyrs, une persécution si odieuse qu'on ne pourrait pas croire les récits des témoins les plus autorisés si l'on n'anit par soi-même constaté le traitement qu'on inflige à tous ces malheureux. A leurs enfants on ferme l'école; quand on ne peut les en chasser, on leur refuse les fournitures scolaires et on exclut les parents des inYitations à la distribution des prix. A leurs femmes, on prodigue les avanies, les injures sans nom et même les coups. A leurs malades, dont quelques-uns seulement, on .vient de le voir, • se hasardent à implorer des secours, on refuse les médicaments et l'hospitalisation. A Aïn-Beïda, la commune a supprimé médicaments et visites médicales aux indigents israélites. A Oran, on a forcé un médecin municipal israélite à donner sa démission. A Alger, les malades n'osent même pas se rendre aux consultations gratuites de la mairie. A Constantine, l'employé qui délivre les bons des médicaments a ordre de mettre immédiatement à la porte les indigents israélites; on essaie même de leur interdire l'entrée des bureaux de l'état-civil. On supprime au gardien du cimeticre, un vieillard de soixante-dix ans, une indemnité mensuelle de 2 5 francs qui lui était allouée depuis plus de vingt ans; on a même refusé d'interner une pauvre folle qui croupit dans un bouge où elle est la terreur des siens et du voisinage. La commune de Batna refuse tout secours aux Israélites, y compris l'hospitalisation. Celle d'Oran rejette un simple aYis farnrable à donner en vue d'une bourse à accorder par l'Etat à un jeune éleve du lycée, le premier de sa classe, fils d'un facteur despostes qui compte cinq ans de service militaire comme engagé Yolontaire dans l'infanterie de marine, dont il est sorti avec le grade de sergent et dix-sept ans de service dans l'administration. A Aïn-Beïda, un père de huit enfants, chaouch à la mairie, est révoqué : il a quinze ans de service. Un ancien agent de police, collecteur du marché depuis dix ans, est renvoyé et réduit à l'indigence. A Tébessa, la municipalité a révoqué deux cantonniers dont l'un compte neuf ans de service, l'autre est père de cinq filles; le tambour de Yille, employé depuis trente ans, et la concierge de l'école en fonctions depuis deux ans. A Oran, l'architecte communal a l'ordre de ne fournir ni drapeaux, ni lampions, le jour du 14 juillet, au groupe scolaire habituellement fréquenté par les enfants israélites: On ne peut même pas laisser les morts dormir en repos et on demande la fermeture du cimetière et l'exhumation des « charognes » qu'il contient.

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