La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA RE\'vE SOCIALISTE dont le développement du progrès démocratique est en retard, comment s'y prendre pour aller de l'avant. Jaurès - continua Hyndman - dirait au meeting quels efforts il a\·,1itfaits pour calmer les esprits surexcités par la fièvre chauvine durant l,1période récente pendant laquelle la guerre semblait inévitable entre la France et l'Angleterre. Après avoir combattu en France le militarisme et le cléricalisme, Jaurès alh1it aider à combattre la réaction dans sa forteresse, Londres. Quant à Vandervelde, ajouta Hyndman, il avait combattu en Belgique pour la même grande cause, i'unité et la solidarité des peuples; - et le président termina son discours en montrant l'hypocrisie et la farce de la croisade Czar-Stead en faveur de la paix. Pete Curran proposa alors la résolution suivante : « Ce meeting des citoycns de Londres déclare que la solidarité et la fraternité des travailleurs de tous les pays civilisés établies sur la base d'un socialisme international constituent le seul espoir d'une paix permanente parmi les peuples et adjure les cl,1sses industrielles de rous les pays d'abjurer tout antagonisme envers leurs camarades étrangers et de s'unir dans une vigoureuse attaque contre leurs pires ennemis : les land lords et les capitalistes de leurs pays respectifs. » Cunninghame Graham, qui prononça le discours suivant, est un orateur nerveux, sarcastique et mordant, qui revient d'une excursion périlleuse dans 1c Maroc. Il protesta avec passion contre le dépouillement et le massacre des races aborigi.:nes; il condamna en termes indignés et brùlants les mutilations perpétrées par la Belgique au Congo, les brutalités de l'Allemagne dans les Cameroons, le massacre des Soudanais par les Anglais et l'outrage perpétré sur le cad~vre du Mahdi. Lorsque Liebknecht se leva, ce fut un enthousiasme indescriptible. Le vieux vétéran fit remarquer que l'horrible tableau qu'avait tracé Cunninghame Graham de la politique anglaise pouvait également s'appliquer à l'Allemagne l'hypocrisie politique existait aussi et tout autant qu'en Angleterre. Le ,:,1pitalisme, a-t-il dit, est en train de tuer la civilisation qui ne peut être régénérée que par le socialisme. En Allemagne, comme partout ailleurs, il n'y a que deux partis : les riches et les pauvres, comme l'a dit Disraéli. Liebknecht donna ensuitc un résumé trés intéressant du développement historique de l'Allemagne et de la situation des divers parti~. Il rappela avec fierté que le parti socialiste avait pu combattre Bismarck et le vaincre - ce qui donnait bon espoir dans le résultat de la lutte entre le parti socialiste et les pygmées qui ont succt'.:dé ù Bismarck. En terminant, il a exprimé son ,ldmiration pour la persistance du peuple anglais et a fait remarquer que le socialisme en Angleterre si.: heurte il des difficultés qui n'existent pas en Allemagne. Mais !'Anglais était tenace et ne reculait pas et il fallait que son splendide esprit d'organisation s'employ.ît dans une direction socialiste, ce qui aurait une influenœ énorme sur la démocratie sociale internationale, car un proverbe angl:lis dit : << Qui \'eut peut ». Après un discours de Brocklehurst et de Dadhabai Naoroji, ce fut le tour de Jaurès. L'accueil ultra-enthousiaste qu'il teçut fut aussi tumultueux, sinon plus, que celui qu'avait eu Liebknecht. Ce dernier avait prononcé son discours en anglais ; mais Jaurès, qui ne peut parler anglais, fit remarquer qu'il n'était peut-être pas mauvais qu'apro'.:sla tension récente entre la France et l'Angleterre,

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