La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LES « I:-:TELLECTlJELS » ET 1,'AFFAIRE DREYFUS 483 Telle est cl'ailkurs l'opinion a<'.:n<'.:raPlco.ur M. Anatole france « la 0 suppression des conseils de guerre se fera peu à peu, c'est dans l'ordre des choses. Est-cc que les antiques justices des seigneurs et des moines n'ont pas, elles aussi, disparu? Quand on les a supprim<'.:cs 011 a crié à l'attentat, on a dit que l'édifice social allait crouler. L\'.'.dificesocial ne s'en est pas plus mal port<'.:,au contraire. » M. Buisson formule aussi d'int<'.:rcssantcs rl'flexions: « Les militaires jugent mal parce qu'ils ne sa\·ent pas un mot de droit et aussi et surtout parce qu'ils ont une conception tout à fait fausse du devoir militaire et de l'esprit de discipline. li est d'usage de Yantcr comme une qualité essentielle, l'obéissance p.issiYcdu soldat. Est-elle possible? Peut-on annihiler le jugement chez l'homme? Je ne le crois pas ... Le subordonné doit garder de son jugement une notion suffisante et il doit toujours discerner l'opportunité de l'ordre reçu. « Les officiers de la garnison de i\lctz qui, ni;dgré les ordres du maréchal Bazaine, ont préféré brùler ks drapeaux plutôt que de les rendre aux Prussiens, se sont mis en état d'insubordination. Les en at-on blamés? Au contraire. Et puis, il y a dans le code militaire des choses qu'on ne comprend plus. Est-ce que les bataillons d'Afrique et Biribi sont dignes d'un pays ciYilisé? Non. Il y a J'import:111tes réformes ù faire et cc sera l'opinion publique qui les imposera aux pouvoirs législatifs. » li serait fastidieux d'insister plus longtemps. D'ailleurs pour tous les esprits de bonne foi l'institution des conseils de guerre est une monstruosite. Et il n'y avait pas besoin de l'affaire Dreyfus pour le demontrer. Les exemples abondent d'iniquités judiciaires perpétrées par les militaires. Sans parler des cours prcYôtalcs, des conseils pourvoyeurs des poteaux de Satory, on trou\'erait partout matière à remplir, sur ce sujet, des in-folios entiers. On le voit, les critiques formulées par des bourgeois intelligents, restés jusqu'à cette heure en dehors du socialisme, peuvent, sans réserves, être approuvées et reprises par notre parti, qui les a faites siennes, du reste, depuis de longues années. Mais où certaines divergences commencent :.\apparaître entre les vues des intellectuels et celles des socialistes, c'est quand il s'agit de déterminer dans quel sens les réformes doivent être dirigées. * * * A dire vrai, au moment de conclure, nos intellectuels hésitent quelque peu et, le plus souvent, se confinent dans d'assez vagues généralités. li n'y a pas 1:.d\ e quoi s'étonner. Seul le socialisme peut

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==