LA RE\TE SOCIALISTE plus en plus un métier. Et l'armée, que nous n'avons pas assez surveillée, .1contracté de nombreux vices. Tous, en elle, sont mécontents, ù commencer par les officiers qui sont les moins payés des fonctionnaires. << J\ mesure qu'elle a acquis une conscience plus nette de sa situation ,·is-à-,·is des classes ouvrières, la bourgeoisie s'est habituée à considérer l'armée comme une vaste gendarmerie. Mais pourquoi donc ne ~:.1pprête-t-clle pas à défendre elle-même ses priYileges ? Pourquoi charge-t-clk .1utrui de protéger ses propriétés? C'est qu'elle Yeut jouir, jouir ;'t l'aise, sans rien risquer. Ainsi la bourgeoisie, apres sa décadence nrnr.1le, montre sa décadenœ physique; elle a peur, et l'armée pour elle représente la résistance aux revendications d'en bas. C'est pourquoi, .i un ami qui s'effrayait de,·ant moi du « péril socialiste i> je répondais: - Prenez bien plutôt garde au péril militariste, dont nous mourrons si nous ne l'écartons pas. >i Passant maintenant du général au particulier, nous allons examiner ce que nos intellectuels pensent de la justice militaire et des conseils de guerre dont le p.1rti socialiste, depuis si longtemps, a demandé la suppression. A. cet cgard il y a une unanimité :\ peu prés absolue. Tous s'accordent ,i dire que les militaires sont inaptes ,·1 juger, de par leur fonction, de par leur métier. C'est l'évidence m0me, dira-t-on, et c'est écrire un lieu commun. Toutefois, il parait que cette Yéritc n'est pas pour certains aussi hidentc qu'on pourrait le croire. ~L Jules Lemaître dans un discours célébre, ne s'est-il pas écrié qu'il acceptait l'arr0t de la cour de cassation « pourn1 que celle-ci lui restitu.lt des garanties publiques de sincérité seulement - cet alherbe est tout un monde!- a11.1loguesà celles qu'offrit le premier conseil de guerre » semblant ainsi croire plus à l'aptitude juridique des militaires qu'à celle des magistrats civils? Et puisqu'en France il existe tant de gens à qui peuvent s'appliquer ces paroles: Qc,i/os babe11tel 11011 videb1111/a,11resbabeut et 11011 audiwl, il faut ici nous arrêter un moment. Il y a des lieux communs sur lesquels il est bon d'insister. « Je suppose, dit i\1. Duclaux dans les Proposd'111s1olitaire, qu'une circonstance quelconque, un ordre de mon ministre, me mette un jour à la tête d'un régiment de cavalerie. Il est clair que je serai un très mauYais colonel. L'U niYersité, la magistrature, dont je peux faire partie, se croiront-elles déconsidcrées par mon aventure, alors même que j'y aurais récolté l'approbation d'un conseil de professeurs ou de magistrats? ÜLt est la différence avec un officier qu'on charo-erait de conduire ::, une instruction difficile, ou de faire un cours de faculté? Il ne lui suffira pas d'0tre estin1.1ble, brave, et d'aYoir de bonnes notes. Rien ne :;uppléc à la science et à l'expérience du métier. »
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