La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LES « JNTELLECTUl:LS » ET L'AFFAIRE DREYFUS 481 ~ous le répétons encore, il ne s'agit ici que des critiques et non point des co11cl11sio11s. Celles-ci, nous les apprécierons tout à l'heure, mais il faut d'abord montrer ce en quoi celles-li sont intéressantes :i noter. M. Paul Meyer trouve déplorable le service militaire obligatoire. « En appelant sous les drapeaux, dit-il, les jeunes gens des Yillcs et des campagnes, on porte un tort considérable au pays tout entier. C'est chose bien Visible, surtout en pro\'ince. Quand le jeune p:1ysan, son ser\'icc accompli, reYicnt dans son village, il n'est plus habitué au dur labeur de la terre; il a contracte à la caserne des vices déplorables : souvent il en rcYient ivrogne et paresseux; il ne veut plus travailler et déserte son champ pour alkr ailleurs vivre une existence plus à son goùt. On ne se doute pas des mauvais sujets que la caserne crée ainsi. C'est cc qui explique en grande partie le dépeuplement des campagnes et l'abaissement de la natalité. Un pareil régime aboutira forcément à l'abâtardissement ,le la race ... » Appréciant, à propos de l'affaire Dreyfus, la mentalité des officiers, M. Paul Meyer fait encore cette déclaration : « Les officiers gui ont pris une part directe à !'Affaire nous ont donné la mesure de leur bètise et de leur inintelligence. Et comme les qualités et les défauts des hommes sont indi\'isibles, on peut craindre, à juste titre, que ces officiers, charges d'organiser la défense nationale, ne fassent preuve, en d'autres circonstances, de la même bêtise et de la même inintelligence ! Par une solidarité mal comprise, ces hommes ont inconsciemment jeté la suspicion sur le haut commandement, et la confiance des soldats en leurs chefs est maintenant ébranlée. Qui en est responsable, sinon ceux qui ont dit qu'on insultait l'armée en dévoilant les mensonges et les faux? » Voici maintenant l'a\'is de M. Giry : « Une nouvelle religion est née chez nous comme chez nos Yoisins d'Espagne : c'est l'idolâtrie militaire. Les militaires veulent être un corps fermé où nul n'a le droit de jeter les yeux s'il n'est de leur caste. Les officiers pretcndent exercer leurs fonctions, à les croire véritable sacerdoce, dans un mystère inaccessible aux civils, aux profanes. L'esprit de corps a chez eux atrophié le jugement. » Nul, peut-être, mieux que M. Aug. Molinier, n'a senti la force du mal militariste et le rôle qu'on prétend faire jouer :'t l'armée : « La France, dit-il, devient étrangement militariste. Être militariste, remarquez-le, ce n'est pas avoir l'esprit militaire. Celui-ci, il y a longtemps que nous ne l'avons plus. Aujourd'hui, en effet, tout le monde, et particulièrement la bourgeoisie « patriote », cherche à éviter le service obligatoire ... « On applaudit les soldats qui passent, mais on ne désire point être à leur place. Le service militaire, pour le bourgeois, tend à devenir de

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