La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE coûte aux peuples des milliards d'écus et des millions d'existences oisives, balayées dans les casernes sans profit pour personne. Les états-majors en sont les bénéficiaires, les pauvres soldats en sont les martyrs ... « La bâtisse des casernes continue. Le Parlement n'y regarde pas de pres, à jeter l'argent par les fenêtres dans une entreprise n'ayant qu'un but sérieux: conserver au gouvernement une année, toute contre l'intérieur. De l'extérieur ils n'ont cure sinon pour la parade ... » Examinant plus loin le projet de service militaire obligatoire pour tous, maintenant fait accompli, Blanqui ajoutait ces paroles, brûlantes d'actualité, car ce qu'il craignait il y a bientôt vingt ans s'est aujourd'hui pleinement réalise : « Au lieu de délivrer les prisonniers enfermés dans cette géhenne qui a nom : armée permanente, d'excellents esprits, au nom de la justice et de la légalité, y rêvent une incarcération générale, de par le service militaire obligatoire pour tous, sans exception. Vertige inouï! quoi! liYrer à la merci du pouvoir et des états-majors la jeunesse entiere ! Ne sait-on pas qu'un gouvernement pervers possede mille moyens de faire périr à volonté les soldats sous les drapeaux? « Supposez ce gouvernement entre les mains des jésuites. C'était la situation du nôtre avant le 30 janvier 1879 - et c'est aussi, hélas! la situation du nôtre en 1899 ! - Par leur police de soixante mille prêtres et de cent mille congréganistes des deux sexes, les jésuites peuvent connaître, et connaissent, en effet, les opinions de toutes les familles de la France. « Rien de plus facile pour eux, dés lors, que l'extermination silencieuse de tous les jeunes gens lettrés qui ue proviendraiwt pas de leurs écoles,et rnrtout des ouvriers intelligents et instruits, do11tle nombres' accroît sans cesse. ~e sont là des coups comme ils aiment à les frapper. Lisez l'histoire. Leur politique n'a jamais reculé, _nereculera jamais dennt les ci imes les plus épouvantables, quand ces crimes leur sont utiles! << Non ! non! point de service obligatoire pour tous ! C'est une idée désastreuse ... L'égalité dans la liberté, et non l'égalité dans la servitude! Triste revendication que celle-là! On s'y tenait hier, repoussons-la tous aujourd'.hui ! Elle porte dans ses flancs l'assassinat secret et la guerre fratricide. Ma/beur à 11ueuation dont l'armée a pour officiers les élèves des jésuites ! ... » Si nous avons cité Blanqui aussi longuement, c'est que les lignes qu'on vient de lire sont, en quelque sorte, l'essence même des critiques socialistes sur l'armée et les institutions militaires. Elles seront donc un excellent terme de comparaison avec les critiques formulées sur cc même sujet par les intellectuels dont il est en ce moment question.

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