LES « INTELLECTUELS » ET L'AFFAIRE DREYFUS 477 nous sommes : état social détestable soumis <Yrâceà la yeulerie des , , b gouvernants opportunistes, à la domination cléricale ... » « J'appartiens, dit M. Havet, au parti républicain libéral, au parti qui groupe à la Chambre les modérés et une notable portion des radicaux. Eh bien! je n'hésite pas à le dire, et c'est une constatation qu'il faut faire, le parti libéral,au cours de ces éYéncments, a manqué totalement à ses devoirs et a fait prell\·e d'une Yéritable déchéance ... Le parti socialiste a été celui qui a montré le moins d'hésitations à combattre le bon combat; ... il s'est considérablement haussé dans l'opinion • de tous ... » Et M. Giry: « Ceux qui se sont ressaisis le plus vite, ce sont les ouvriers, ce sont les prolétaires ... Sans leur révolte - sans les pro- •testations du prolétariat conscient gràce au socialisme - disons-le, la cause n'aurait pas fait de pareil~ progrès. Ce n'est pas la bourgeoisie qui aurait pu accomplir une œuvre semblable; je le dis - moi qui cependant ne suis pas un socialiste - les classes moyennes ne savent plus se passionner pour une cause belle et juste. L'intérêt le plus immédiat est leur seule régie de conduite ... Les seuls, parmi les bourgeois, qui ont pris parti dans la lutte d'aujourd'hui sont les « prolétaires de la bourgeoisie », les fonctionnaires et les professeurs. Ceux-là rongent leur frein en silence, tenus qu'ils sont dans un continuel état de dépendance. » M. Duclaux, lui aussi, manifeste pour le socialisme une vive sympathie : « Il marque, dit-il, dans l'érnlution générale de l'humanité, un stade de perfection plus avancée. Il serait aussi insensé de vouloir, par des moyens réactionnaires, en empêcher l'avènement que de prétendre accélérer sa marche par des tentatiYes d'émeute. » Mais ces déclarations ne sont pas les seules intéressantes. Républicains sincéres, les intellectuels qui nous occupent n'ont pas perdu de vue les articles du Yieux programme républicain, que les socialistes jusqu'alors osaient seuls défendre dans leur entier. L'affaire Dreyfus a fait sourdre tout à coup les souterraines menées cléricales; tous ceux qui étaient restés profondément libres penseurs devaient les dénoncer, et démasquer les antijuifs, cléricaux déguisés, pires ennemis de la pensée . libre. Il y a unanimité, parmi les intellectuels libéraux qui ont pris parti en faveur de la justice, pour flétrir l'antisémitisme comme un sophisme grossier destiné à tromper dans le peuple les esprits simplistes, à les égarer jusqu'a en faire les aveugles instruments de la réaction. « Quels seront les résultats de la campagne antisémite, dit M. Paul Meyer? Les juifs, harcelés, mal vus, persécutés, abandonneront de plus en plus les carrières libérales. Déjà, depuis deux ans, le nombre des candidats israélites à Saint-Cyr et à Polytechnique a dimi-
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