LA REYC:E SOCIALISTE L'un d'eux par exemple, qui est de ceux que nous avons interviewés, et gui compte parmi les esprits les plus républicains et les plus libéraux, gui a rendu à la cause de la démocratie laïque des services immenses et incontestés, eut l'occasion, il y. a quelque temps, de causer longuement avec Jaurés. La co1wersation, restreinte d'abord à un échange de vues sur les événements du jour, ne tarda pas à s'élargir et chacun exposa ses idées sociales. Jaurès put ainsi faire à son interlocuteur un exposé complet du socialisme. Quand notre ami eut terminé, M. X ... , à qui la conversation venait d'ouvrir des horizons inconnus, s'écria : « Cc que vous venez de me dire est pour moi une véritable révélation! » Parole à retenir, car en même temps qu'elle témoigne de la force et de la logique de nos théories, elle nous montre quels adeptes nous pourrions faire. Quoi qu'il en soit, ces hommes, étrangers au socialisme, qui avaient contre lui - certains du moins - des idées préconçues, s'accordent maintenant à montrer à notre parti une cordiale bienveillance. C'est déjà beaucoup. M. Anatole France nous disait, à propos justement de cette entente entre des hommes primitivement si étrangers les uns aux autres: « N'attachons pas d'importance aux épithètes ... A quoi sert de distinguer? ... Certes quand la crise sera terminée, lorsque la justice, malgré toutes les entraves, aura enfin triomphé, chacun pourra des événements tirer les conséquences qLt'il lui plaira. Mais à l'heure actuelle, en pleine bataille, restons tous unis ... Ouvrons nos rangs aux plus avancés comme aux plus modérés: qui sait si ce commerce n'aura pas des résultats inattendus?» Le sentiment qui semble dominer chez ceux qui se sont groupés autour d'Émile Zola, c'est un républicanisme profond doublé d'un anticléricalisme très accentué. A ces sentiments se joint de l'angoisse, <le l'inquiétude pour l'avenir; nous avons affaire à des bourgeois qui voient autour d'eux la bourgeoisie s'effondrer et qui pensent alors à se tourner vers le peuple, vers les prolétaires, en qui ils ne sont pas loin de placer toutes leurs espérances de rénovation sociale. M. Giey, professeur à la faculté de médecine, a été très net à cet égard : « Nous récoltons aujourd'hui les fruits du régime stupide de l'opportunisme, <lit-il, fruits stériles et desséchés, produits inertes d'une bourgeoisie déchue et vidée chez qui on peut en vain chercher des sentiments d'idéalisme. Aujourd'hui, la bourgeoisie n'obéit qu'au':' passion<; Yilcs et basses, l'intérêt le plus méprisable semble être son unique mobile ... C'est dans le prolétariat, dans la classe ouvrière qu'il faudra chercher le salut. Là se trouvent <les trésors d'idéalisme; là seulement se rencontrent des sentiments élevés et nobles! ... En définitiYe, l'affaire Dreyfus-Picquart n'est qu'un symbole de l'état social ou
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