474- LA RE\'UE SOCIALISTE « garanties légales, seule protection des citoyens dans un pays libre n et qu'ils opposent, timidement encore, il est nai, ces <c garanties légales i> à la <c violation des formes juridiques i>, aux <c irrégularités commises n, à cc l'arbitraire » des autorités militaires. Mais ces hommes, d'esprit tr:rnquillc, de sens rassis, toujours jusqu'alors respectueux du pouYoir et des « grandes institutions ii de la République bourgeoise, devaient aller plus loin, faire de la société des critiques trés audacieuses, formuler même des conclusions dorit beaucoup sont conformes:\ celles tirées par le parti socialiste. C'est en cela surtout que leur attitude est intéressante à étudier. Le procés Zola, avec ses multiples incidents, fut pour eux fertile en enseignements. Les passions déchaînées dans le prétoire, les débats étouffés sans vergogne, les généraux et les hauts gradés jetant insolemment leur sabre dans la balance de la justice, à la faveur de l'odieuse complicité goun:rnementale et de la J:icheté d'une Chambre affolée par la perspectiYC des élections générales prochaines; cela joint à la campagne d'une presse servile, bassement démagogique, composée de tous les éléments réactionnaires du pays, éléments monarchiques et césariens, unis tous dans l'antisémitisme et le cléricalisme, - fit que les esprits clairvoyants de la bourgeoisie liberale ~e demandérent avec angoisse : 1'.!aisde quel mal la France souffre-t-ellc donc? A la vérité ils ne s'en étaient guérc doutés. Et l'affaire Dreyfus· survenant tout à coup, jetant subitement le pays dans des convulsions terribles, fut pour beaucoup une révélation. Seul le parti socialiste - on peut le dire sans présomption - n'avait pas lieu de s'étonner. Depuis longtemps il savait que le corps social était atteint d'un mal latent, à marche insidieuse, mal reconnaissable à quelques signes dont la bourgeoisie intelligente ne voulait pas voir la gravité, mais qui, un jour ou l'autre, devait se rhéler aux yeux de tous par une crise quelconque. Cette crise fut l'affaire Dreyfus. Limitée d'abord à la question de l'innocer.ce ou de la culpabilité d'un capitaine d'artillerie condamné comme traître trois ans auparavant par un conseil de guerre, elle ne tarda pas à s'élargir dans de vastes proportions, et non seulement clic eut dans le pays une grande répercussion, mais le monde tout entier tourna les yeux sur la France, étonné du spectacle qu'elle offrait, se demandant pourquoi elle semblait rompre si violemment avec ses vieilles traditions de justice et d'humanité. Cependant, nonobstant les apparences, la France, dans la crise même qu'elle subit, est encore res:ée ;i la tête du mouvement de progrés uniYersel. Les événements, chez nous, ont été plus vite qu'ailleurs, voilà tout. Quelque rares, quelque minimes que soient les libertés dont nous jouissons, ces libertés sont quand même plus crrandcs que . 0
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