LES « l:S:TELLECTUELS » ET L'AFFAIRE DREYFCS •IÏ3 militaire, à la suite de la dénonciation de M. Mathieu Dreyfus, informait sur le cas d'Esterhazy. Que pouvait-on demander de mieux? A coup sûr sa culpabilité serait reconnue, et aYec elle l'innocence de Dreyfus. Hélas! Aprés le conseil de guerre de janYier 1898, aprcs l'acquittement scandaleux d'Esterhazy, ceux qui tenaient pareil langage durent singulièrement en rabattre! Ils commencèrent a croire qu'il était plus difficile qu'ils ne l'avaient imaginé tout d'abord de faire rendre pleine et enti.ère justice. Mais, pourtant, ils se leurraient encore en se figurant que, dans le pays, l'opinion publique leur prêterait un appui qui ferait triompher la juste cause. C'est certainement dans cet état d'esprit que, le 13 ja1wier 1898, Zola publia son courageux et révolutionnaire article : « J'accuse ! » Voilà la vcritable entrée en scène des intellectuels. A partir de ce moment ils lutteront sans cesse, aYec vigueur, avec acharnement pour la cause de la justice et de la Yéritè. Mus, jusqu'ici, par le seul désir de sauver un innocent du bagne, leurs idées, en m6nc temps que leur tactique, vont peu à peu se transformer dans le milieu de fièvre et d'agitation qui se crée rapidement. Les sentiments des protestataires apparaissent bien, d'ailleurs, dans ces notes qu'ils publient le lendemain de l'apparition de la lettre de Zola: « Les soussignés, protestant contre la violation des formes juridiques au procès de 1894-, et contre les mystères qui ont entouré l'affaire Esterhazy, persistent a demander la rcvision. » Une autre protestation cirwlait en même temps ; elle était ainsi conçue : << Les soussignés, frappés des im!gnlarités commises dans le procès Dreyfus de 1894 et au mystère qui a entouré le procès du commandant Esterhazy; persuadés, d'autre part, que la nation tout entière est intéressée au maintien des garanties légales, seule protection des citoyens dans un pays libre; étonnés des perquisitions faites chez le lieutenant-colonel Picquart et des perquisitions non moins illégales attribuées à ce dernier officier, émus des procédés d'information judiciaire employés par l'autorité militaire, demandent à la Chambre de maintenir les garanties légales des citoyens contre tout arbitraire. » Ces lignes étaient signées par MM. Zola, Anatole France, Duclaux, Grimaux, Friedel, Dr Delbet, Séailles, Béhal, Eugène Carrière, Octave Mirbeau," Paul Alexis, Gustave Geffroy, Gaston Bonnier, Charles Richet, Dr Giey, Maurice Bouchor, F. Desmoulins, etc ... Voici déjà que nos intellectuels commencent à donner la leçon des événements dont ils sont les spectateurs; Yoici qu'ils parlent des
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