450 LA REVUE SOCIALISTE pas Yoir le chemin à suivre. Et pourtant le salut est possible : il est en nous. « JI y a beaucoup de germes dans l'humanité, dit Kant, et c'est à nous à développer proportionnellement nos dispositions naturelles, à donner à l'humanité tout son déploiement et à faire en sorte que nous remplissions notre destination. Les animaux remplissent la leur, ~pontanément et sans la connaître. L'homme, au contraire, est obligé de chercher à atteindre la sienne, mais il ne peut le faire qu'autant qu'il en a une idée. Se cultiYer soi-même, devenir meilleur et, si l'on est mauvais, développer en soi la moralité, voilà le devoir» ( r). L'éternelle loi générale de la vie est écrite dans l'âme de chaque être humain. La loi du progrès, du perfectionnement moral est gravée dans le cœur de chaque individu. Elle n'est féconde qu'à l'état individuel. La volonté consciente et raisonnante est le couronnement du développement de l'individualité. L'homme n'a conscience de son existence que lorsqu'il sent qu'il a le pouvoir de désirer, c'est-à-dire quand il a la conscience de sa volonté. Cette volonté doit être libre : elle est la base de la vie. L'homme doit être assez fort pour se dire : Si la vie n'a pas de sens, je veux m'en créer un. L'homme fort doit savoir lutter non seulement avec les méchants, mais avec lui-même. La lutte, les obstacles, les hommes peuvent le briser, ils ne doivent jamais pournir le plier. L'homme fort doit passer par le pessimisme, mais ne pas y demeurer, et quand il en sort, ce n'est pas pour se dire: Je vis parce que telle·cst la loi de la nature, mais parce que je veux vivre, parce que je porte dans mon âme assez de force, assez de volonté pour pouvoir me crétr un sens de la vie, pour pouvoir vivre, vouloir, aimer et agir. « Il ne faut jamais oublier que vouloir c'est agir, que la volition est un passage à l'acte» (2). « Le monde moral n'existe que dans l'amour, et c'est l'amour qui engendre l'action morale. Si quelqu'un n'agit pas, il n'aime pas, et quiconque croit aimer saos agir est la dupe de son imagination excitée par une image de l'amour venue du dehors, à laquelle ne répond en lui aucune réalité» (3). Aimer, c'est agir. Celui qui ne sait pas aimer, ne sait pas agir. L'impuissance d'aimer n'est qu'une forme de l'impuissance d'agir. La volonté consciente nous apprend à agir et a aimer. La conscience de la volonté libre doit marcher de pair avec l'indépendance de la raison. Toute l'activité raisonnable de l'homme a toujours consisté à éclairer du flambeau de la raison son impulsion naturelle vers le bien. Lutter a,·ec la nature, lutter avec les instincts, s'elever plus haut, toujours plus haut, moralement, et atteindre (1) Trnile de j>édagogie, intwùuction. (2) Th. Ribot, Les maladies de la vo/011/é. p. 3ï• (3) Fichte, .\félbodepour arriver à la i·ie bieube11rt11se, p. -305.
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