La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE cipes. En même temps nous éprouvons le besoin du Savoir en général, c'est-à-dire le besoin de chercher la Vérité pour elle-même. Notre conscience approuve cette seconde volonté, c'est-à-dire la recherche de la vérité pour la vérité, et, de telle sorte, s'établit l'union entre le Bien et la Vérité. Sans cette union, la conception du vrai Bien - base Je toute morale, base de la vie - n'aurait pas de raison d'être. La morale, cependant, ne doit pas dépendre des élans· subjectifs des moralistes, elle doit être fondée sur des données scientifiques. Les élans de l'âme, même nobles et grands, ne créent pas et ne remplacent pas la science; par conséquent, ne forment pas une méthode scientifique. Il reste à souhaiter que la foi dans la morale, dans l'idéal, ne soit pas une persuasion aveugle, mais qu'elle soit assise sur les lois de développement et sur les faits sociaux capables de nous mener à leur réalisation et au bonheur. I I 1 Comme Rousseau, Tolstoï croit que, pour être heureux, l'homme n'a qu'à renoncer aux hypocrisies de la civilisation moderne. La civilisation! Qu'est-ce que la civilisation? On peut user du téléphone et être un barbare. Le téléphone, l'électricité et le chemin de fer ne constituent pas la civilisation. La veritable civilisation consiste en ce que l'homme sache se conduire et discerner le bien du mal. Ce n'est pas dans la vie extérieure que les bienfaits de la civilisation doivent s'exprimer, c'est dans la vie intérieure de l'homme et dans les actes qui en résultent. Notre civilisation moderne a-t-elle fait cesser la douleur? Voit-on un sourire plus wai entr'ouvrir les lèvres des hommes? Y a-t-il quelque chose de changé depuis que Saint-Simon s'écria : « Maîtres, esclaves, praticiens, pl~bei_ens, seigneurs, serfs, propriétaires, fermiers, oisifs, travailleurs, - voilà l'histoire de l'antagonisme passé. Association universelle, voilà l'avenir; Yoilà le droit nouveau, droit de travail. Les jours du prolétariat s'achèvent et le travail va devenir la loi de tous ... Et! que viennent nous dire aujourd'hui nos légistes, publicistes, économistes? Leur science r,rouvera-t-elle que le fils du pauvre est libre comme le fils du riche? Libre! quand on manque de pain! Qu'ils sont égaux en droit! - Égaux en droit! lorsque l'un a le droit de vivre sans travailler et que l'autre, s'il ne travaille pas, n'a plus que le droit de mourir! » En 1867, Victor Hugo écrivait:« Au vingtième siècle, il y aura une nation extraordinaire. Cette nation sera grande, ce qui ne l'empêchera pas d'être libre. Elle sera illustre, riche, pensante, pacifique, cordiale au reste de l'humanité. Elle aura la gravité douce d'une

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==