TOLSTOI ET LA QCESTIOX SOCIALE 447 vraie science connaissant sa place et par suite son objet, est modeste, ce qui fait sa puissai1ce. La physique, par exemple, traite des loisetdes rapports des forces, sans se preoccuper de ce qu'est la force elle-même, et sans essayer d'expliquer sa nature. La chimie traite des rapports de la matière sans s'inquiéter de cc qu'est celle-ci ni de définir sa nature. La zoologie traite des formes de la Yie sans poser la question de la vie elle-même, ni essayer de définir son essence. Et les forces, la matière, la vie ne sont pas envisagées par ces sciences comme des objetsd'études, mais comme des points d'appui pris pour axiomes dans un autre domaine des connaissances humaines et sur lesquels se construit l'édifice de chaque science séparément. C'est ainsi que la vraie science considère son objet, et cette science n'a jamais eu l'influence pernicieuse et abrutissante qu'a eue la fausse science. Ce n'est pas ainsi, dit Tolstoï, qu'envisage son objet la philosophie: matière, force, vie, nous étudions tout cela, et du moment que nous l'étudions, nous pou\'ons bien connaitre son essence. Le scepticisme de Tolstoï à l'égard des spéculations philosophiques semble fondé. Si nous rejetions toutes les généralités que la philosophie a empruntées au domaine des sciences spéciales, que resterait-il de cette philosophie si cc n'est de Yains mots? La pbilosop/Jie11epeut pas exister sa11sles q11estio1m1sorales. Tolstoï ne nie pas la science; au contraire, il cherche à substituer à la science moderne uneautre science qui mériterait le nom de Sagesse. Scion Tolstoï, le but de la vraie science doit être la recherche de la morale. Aucuoe science, aucun mécanisme ne donnera ù l'humanité le bonheur et les armes pour l'atteindre, si les hommes oublient les principes de la Morale et du Bien. La dignité de nos buts et de nos actions dépend de l'Idée du Bien. Pour que notre vie ait un sens, pour qu'elle soit digne de la nature spirituelle et morale de l'homme, il faut qu'elle porte en elle la justification du Bien. Les bons sentiments naturels de l'homme - la pitié, la compassion - ne suffisent pas pour atteindre cc but supérieur de la vie : il en faut encore un enseignement moral qui doit avoir pour but d'affirmer les sentiments naturels de l'homme et d'y établir une sorte d'unité morale, capable de gouverner la vie indiYiduelle et la vie sociale. Cet enseignement est nécessaire à tous les hommes, rnême au petit nombre d'élite, c'est-à-dire a ceux qui sont capables d'analyser par eux-mêmes les problèmes moraux. La religion ne peut pas ôter à l'humanité pensante ses exigences intellectuelles. Au contraire, la religion crée des raisonnements qui ont toujours besoin du contrôle de la pensée. Dans le do.maine des idées morales, la pensée dépend de la Volonté qui aspire au Bien dont elle demande à l'esprit la vraie définition. Grâce à notre nature morale, nous voulons vivre conformément au Bien, et nous cherchons à connaître ses prin-
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