442 LA REVUE SOCIALISTE ils sont atteints d'une même maladie morale, l'atrophie de la volonté» (1). « Élevés parmi toutes sortes de notions artificielles, accoutumés dès notre enfance à considérer comme vérités éternelles les opinions philosophiques et la cosmogénie d'une école dont les conceptions principales sont encore aujourd'hui officiellement enseignées, imposées aux jeunes esprits, notre intelligence trop disciplinée ne sait plus penser d'elle-même » (2). « La faute capitale de notre éducation actuelle, dit un personnage d'une des pièces d'Ibsen, est d'avoir mis tout le poids sur ce qu'on sait, au lieu de le mettre sur cc qu'on est. ,, Aussi voyons-nous à quoi cela aboutit: à l'antagonisme entre nos sentiments et nos actes, au dualisme douloureux de toute notre vie. Au lieu d'être, nous voulons toujours paraître. On développe l'intelligence, on néglige le caractère. « L'énergie et la volonté sont reléguées au second plan >> (3). « L'homme est destiné à agir; il doit jouer un rôle dans la vie, et la façon dont il s'y comporte, bien ou mal, dépend bien plus souvent de son caractère que des connaissances dont on a pu le munir» (4). Et la formation du caractere dépend de l'education. Et la vraie éducation ne se donne que par la famille, dit Tolstoï. C'est le principe même du grand éducateur suisse Pestalozzi: éducation par la famille et, dans la famille, par la mcre. Pour que l'individu se développe réellement et librement dans la famille, il faut que celle-ci soit constituée sur les principes vrais. Or, le mariage actuel n'est qu'une affaire, et c'est sur ce mariage-là que l'on veut fonder la Société nouvelle! Tant que le mariage ne sera qu'une association d'intérêts matériels, la famille sera malade, l'éducation de nos enfants déplorable, les hommes seront malheureux, les femmes esclaves et la société de plus en plus mourante. C'est avec le mariage que commence la lutte entre les sexes, entre les individus. La nature a établi le mariage comme l'union des sexes; les hommes l'ont transformé en une lutte! Tels sont les fruits de la civilisation et du progrès dont nous sommes fiers! Aucune réforme sociale n'atteindra son but, dans aucun pays, sans un remaniement complet des lois relatives au mariage et à la famille. Avant de vouloir changer le monde, la femme doit commencer par changer sa propre vie, elle doit commencer par devenir assez consciente, assez forte (1) L' Éd11catio1d1e la bourgeoisie, p. 64 et suivantes, Paris, 1889. (2) D• Maurice de Fleury. L'âme du Cri111i11el, p. 57. . (~) P. Duproix, Kant et Fichte et le Problh11ede l'éd11catio11, p. 12. Paris, 1887. (4) Id., p. 16.
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