TOLSTOI ET LA QUESTIO~ SOCIALE 441 générations basées sur le Travail et l'Amour! D'aprés Tolstoï, c'est la femme qui tient entre ses mains le salut du monde! IX « Il semble, dit M. G. Le Bon, que ce soit une loi psychologique presque générale dans tous les âges, qu'on ne puisse être apôtre sans éprouYer le besoin intense de m:issacrer quelqu'un ou de briser quelque chose» (r). Tolstoï n'appartient pas à cette catégorie d'apôtres; il ne veut rien massacrer, rien bouleverser, rien incendier, rien réduire en cendres; il ne prêche pas la terreur, mais la rénovation consciente de l'être humain. La société actuelle, dit-il, est mal organisée, elle est fondée sur le Mensonge, la Violence, le Mal. - Il faut la changer. Comment? Par la violence? Non, on ne détruit pas le mal par le mal. La sociéte est composée <l'unîtes, d'hommes. Si la société est mauvaise, c'est que les hommes l'ont faite telle, et les hommes l'ont faite telle, parce qu'ils sont eux-mêmes mauvais. Pour changer la societé, il faut donc, aYant tout, changer l'homme. Avec Rousseau, Tolstoï croit à la bonté native de l'homme. Sa mechanceté est la conséquence nécessaire de la fausse instruction qu'on lui donne. II faut donc changer l'instruction actuelle. La meilleure ir.struction, la meilleure formation de l'homme se fait par la famille, non pas par la famille telle qu'elle existe aujourd'hui, c'est-à-dire fondée sur le Mensonge et l'H ypocrisie, mais par la famille basée sur l'Amour, le Bien et le Travail. Tolstoï croit que par la reorganisation de la famille, on pourra arriver à la ·réformation morale de l'homme et à la rénovation du genre humain. On peut considérer comme utopie la foi de Tolstoï dans la rénovation de la société, mais qui donc niera que la question sociale est une question d'éducation? « La distinction du bien et du mal est une chose qui s'apprend, elle n'est point innée, mais déposée en nous par l'éducation» (r). Or, pour être juste, - car il y a des moments où il faut regarder la vérité en face, - sur quoi sont-elles basées dans notre société, !'Éducation et la Famille? « C'est dans des prisons, dit Ed. Maneunier, que nous préparons nos enfants à.la Yie... Nous les préparons à l'action Yirile en détruisant chez eux tot:te espéce d'initiative ... Nous les réduisons à une véritable incapacité d'agir et de se gouYerner eux-mêmes. Tous, (r) La Psycbologitd11socia/is111e, p. 110. Pnris, Alcan, 1898. (2) D• Maurice de Fleury. L'âme du Cri111i11el, p. 61, Alcan.
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