La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

440 LA REVUE SOCIALISTE l'amour humanitaire. L'amour maternel perce la nuit des souffrances, comme la cime d'un glacier émerge tout à coup des ténébres aux premiers rayons du jour. C'est également à tort que l'on considcre Tolstoï comme un antiféministe. Certes, il ne parle nulle part des droits politiques de la femme, mais les accorde-t-il à l'homme? Les seules lois qui gouvernent la vie sont, pour Tolstoï, le Travail et l'Amour. Or, la place qu'il y accorde à la femme est égale, sinon supérieure, à celle de l'homme. C'est i la femme, a la mère, qu'il laisse le soin d'éducation des enfants. « Si seulement les femmes comprenaient leur mission, leur force, et l'employaient au salut de leurs époux, de leurs fn~res, de leurs enfants, - au salut de tous les hommes! )) Quelle haute conception de la mission de la mère! Seule la mère qui regardera l'enfantement comme un accident désagréable, et trouvera dans ses plaisirs d'amour, dans les commodités, dans les relations mondaines, - le sens de la vie, celle-la seule élèvera ses enfants de manière qu'ils aient tous les plaisirs possibles; elle les nourrira délicatement, leur enseignera non point ce qui les rendra capables de sacrifice, de travail et d'énergie, mais ce qui les affranchira de tout cela. Seule, une femme ayant perdu le sens de la vie, prendra part à ce faux travail de l'homme, dans lequel son mari, en s'affranchissant du devoir de l'homme, peut usurper avec elle les travaux d'autrui. Seule, une telle femme choisira pour sa fille un mari pareil; elle estimera les gens non par ce qu'ils sont, mais par ce qu'ils apportent avec eux: la situation, la fortune, l'art d'usurper les travaux d'autrui. Mais la femme véritable, la mère véritable préparera ses enfants au travail, au sacrifice, aux actes de l'énergie et de la volonté. Une telle mère enseignera à ses enfants, non pas cc qui leur permettrait d'échapper au travail, mais ce qui les aidera à porter le travail de la vie. Elle n'a besoin de demander à personne ce qu'il faut enseigner aux enfants, à quoi les préparer. Elle saura tout et ne craindra rien. Une telle femme, loin de pousser son mari vers un travail mensonger ayant pour but d'usurper le travail d':llltrui, le détournera avec effroi de ce travail. Une telle mère ne choisira pas un mari à sa fille pour l'hypocrisie de ses manières, mais elle estimera partout et toujours chez les hommes le travail, la bonté, l'énergie; elle méprisera ce faux travail de parade dont le seul but est de s'affranchir du véritable traYail. Une telle mère ne cherchera pas, pour son mari et ses enfants, des distinctions extérieures, de l'argent, des diplômes donnant droit au travail des autres, elle enseignera à ses enfants l'énergie de remplir leur tâche de la vie, au péril même de leur Yie, parce qu'elle sait que là seulement réside le Bonheur. Et c'est à la mcre de former l'homme, de préparer les nouvelles

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